Sans doute serait-il exagéré de dire qu’Abdul El-Sayed tient dans ses mains l’avenir du Parti démocrate américain. Exagéré mais pas entièrement faux. Médecin, spécialiste de santé publique, il est le candidat de cette formation à l’un des deux postes de sénateur du Michigan. Il incarne l’avancée de la gauche dans le camp démocrate à la veille des élections de mi-mandat du 3 novembre. L’issue du scrutin dans cet Etat sera un test, une réponse à une question-clé : ancré au centre, le « parti de l’âne », comme on l’appelle, est-il handicapé ou dynamisé par la progression de son aile gauche ?
Né à Detroit de parents d’origine égyptienne, Abdul El-Sayed a été choisi par la petite fraction d’électeurs démocrates qui vote lors des consultations primaires. Il a gagné contre la candidate de la direction du parti, Haley Stevens, une démocrate centriste de la Chambre des représentants. Guignant cette fois le Sénat, cette dernière a également bénéficié du soutien de la gouverneure de l’Etat, Gretchen Whitmer, l’une des vedettes du camp démocrate. Comme à New York, avec l’arrivée de Zohran Mamdani à la tête de la mairie, en novembre 2025, comme dans le Colorado, le Minnesota, ailleurs encore, l’aile gauche gagne du terrain.
Le Michigan est un Etat politiquement divisé – républicain et démocrate. Il a voté deux fois Ronald Reagan et deux fois Donald Trump. Mais depuis plus d’une génération, il a toujours envoyé des démocrates au Sénat. Une défaite d’El-Sayed serait un coup porté au parti de l’âne mais plus encore à l’émergence des progressistes dans la famille démocrate.
La montée de la gauche s’accomplit sur des thèmes qui relèvent d’un programme social-démocrate européen – souvent inspirés par un club politique, les Socialistes démocrates d’Amérique (Democratic Socialists of America), qui n’est pas structurellement lié au Parti démocrate. El-Sayed prône une couverture de santé universelle, un effacement partiel de la dette étudiante, la réforme du financement des campagnes électorales, l’encadrement de Wall Street, la lutte contre les monopoles (particulièrement dans la haute technologie). Plus important, la gauche veut une modification d’un système fiscal qui est très largement à l’origine de niveaux d’inégalités sans précédent.
Il vous reste 61.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !