Quand un orage approche, il y a toujours des signes annonciateurs. Le vent cesse soudain de souffler. La marée est plus basse que d’habitude. Le ciel s’encombre de nuages. Il est possible de mal interpréter ces signes, voire de les ignorer – de croire que les gouttes de pluie ne sont qu’une averse passagère –, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Et c’est là que les ennuis commencent vraiment.

Ce qui vaut pour la météo vaut aussi pour les affaires humaines. Les régimes paraissent forts, jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus. Avec le recul, il est facile de voir comment se produisent les révolutions et les bouleversements internationaux – les unes et les autres ont été si souvent indissociables –, mais on ne les voit pas toujours venir. Or, si l’on y regarde de plus près, on constate en général que les signes avant-coureurs étaient déjà là.

Un monde sens dessus dessous

Ceux d’entre nous qui vivent dans des sociétés relativement stables et bien ordonnées ont tendance à croire, comme l’absurde docteur Pangloss, de Voltaire, qui titube d’une catastrophe à l’autre, que “tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles”. Il peut nous arriver de pester contre l’économie, la perspective d’une nouvelle guerre lointaine ou d’écouter en les approuvant ces voix radicales qui montent des de