Une « riposte rapide et douloureuse ». Les houthistes du Yémen ont lancé, lundi 12 octobre, un avertissement aux Etats-Unis, dont Riyad a réclamé le soutien, jusqu’à présent sans succès, face aux combattants pro-iraniens qui multiplient les frappes sur le royaume.
Les hostilités ont repris en juillet et se sont intensifiées en septembre entre les houthistes et les forces gouvernementales yéménites, ainsi que l’Arabie saoudite, qui appuie militairement ces dernières au Yémen. Mais l’ampleur des attaques sur la pétromonarchie du Golfe a atteint, ces derniers jours, un niveau sans précédent. Une situation qui a révélé, selon les experts, les fragilités défensives du pays, qui investit pourtant des sommes considérables dans des équipements militaires de pointe.
Lundi soir, de fortes explosions ont encore secoué la capitale saoudienne, et les habitants ont reçu sur leur téléphone un message des autorités les appelant à se réfugier « dans un endroit sûr », pour la première fois depuis des semaines. Cette alerte a retardé d’une heure le coup d’envoi du match opposant l’équipe ouzbèke de Neftchi Fergana au club saoudien Al-Nassr, où évolue la superstar Cristiano Ronaldo.
Les houthistes ont revendiqué, peu après, un nouveau tir sur l’aéroport, ciblé à plusieurs reprises ces derniers jours, Riyad affirmant de son côté avoir intercepté un missile balistique. Plus tard, la coalition a annoncé avoir intercepté deux autres missiles balistiques, cette fois dans le sud-est du royaume, près de la frontière avec le Yémen. Ces missiles, lancés « en direction de Khamis Mushait », ville où une base militaire saoudienne a déjà été la cible d’attaques, ont été détruits, a affirmé la coalition, sur X.
« Mis à l’épreuve »
Le président américain, Donald Trump, a jugé samedi « inacceptable » l’attaque survenue le même jour à Riyad, la plus meurtrière dans le royaume depuis dix ans, avec 13 morts. Il a déclaré lundi que « les houthistes se conduisent très mal (…). Ce n’est pas bien ». Les combattants pro-iraniens ont, pour leur part, mis en garde Washington.
« Si les Etats-Unis s’impliquent dans l’agression contre le Yémen, nous ne tergiverserons pas (…). La riposte sera rapide et douloureuse à l’encontre des Etats-Unis et de tous leurs intérêts dans la région », a déclaré un haut responsable houthiste, Mohammed Al Bukhaiti, interrogé par l’Agence France-Presse (AFP) dans la capitale yéménite, Sanaa.
Face à « l’entêtement [de Riyad] à privilégier l’option militaire », ce dernier a menacé d’une destruction « de l’ensemble des infrastructures saoudiennes » et appelé les employés des sites pétroliers et des aéroports saoudiens à ne pas s’en approcher. Le ministère de l’énergie saoudien a reconnu lundi que le royaume, deuxième exportateur de brut mondial, était « mis à l’épreuve » par la série d’attaques et a promis une « réponse ferme ». « Ces circonstances ont mis à l’épreuve nos infrastructures, nos institutions, nos équipes et notre résilience », a déclaré le ministre Abdelaziz Ben Salmane
Les aéroports particulièrement ciblés
Les autorités saoudiennes, qui s’étaient jusqu’à présent montrées réticentes à dévoiler les dégâts subis, ont publié dans la nuit des images de vidéosurveillance de l’attaque qui a fait treize morts samedi à l’aéroport de la capitale saoudienne, désormais fermé. La compagnie émiratie Etihad a d’ores et déjà annulé ses vols jusqu’au 19 octobre.
Sur les images, on voit des passagers vêtus de la traditionnelle tenue blanche de pèlerinage avancer en ligne pour franchir un contrôle, avant qu’une boule de feu ne fasse voler le toit en éclats, les plongeant dans un nuage de fumée et de débris. « Il s’agit d’une tentative visant à délégitimer les houthistes, qui ont bénéficié d’un soutien considérable de la part des populations arabes et musulmanes » du fait de leurs frappes contre Israël, commente Andreas Krieg, du King’s College de Londres, pour l’AFP.
Pour les pèlerins, octobre marque généralement, avec la fin des chaleurs estivales, le début de la haute saison, quand des millions de musulmans du monde entier affluent vers la Mecque et parfois Médine. La clémence des températures lance aussi habituellement les grands événements – comme les conventions – attirant des hauts dirigeants et des grands patrons.
La fermeture de l’aéroport de Riyad a ainsi bloqué la ministre de l’économie allemande, Katherina Reiche, qui était finalement lundi soir « en route vers Berlin », selon une porte-parole du gouvernement.
L’aéroport de Dammam a également été visé, ainsi que deux sites énergétiques d’Aramco, tous dans l’est du pays, et l’ensemble de l’espace aérien saoudien reste perturbé. L’Iran, qui soutient les houthistes, s’est redit lundi « vivement préoccupé par l’évolution de la situation », et disposé à « faciliter le dialogue entre les parties ».
Au Yémen, les hostilités se poursuivaient après l’offensive éclair lancée en septembre par les houthistes, qui ont pris le contrôle du détroit stratégique de Bab Al-Mandab sur la mer Rouge, déclenchant une contre-offensive gouvernementale.
Malgré les frappes de l’aviation saoudienne, les combattants pro-iraniens ont resserré leur étau sur Taëz, troisième ville du pays, où les combats ont fait plus de 60 morts au cours des dernières vingt-quatre heures, selon des sources militaires dans les deux camps.