Ce qui est vrai pour les autorités vaut aussi largement pour la presse. C’est un mouvement difficile à cerner pour nous, aux revendications assez floues, hors cadre, en partie exporté de France, boosté par les réseaux sociaux et accompagné de violence.

Toutes proportions gardées, il y a quelque chose des “gilets jaunes”, un mouvement pris au début avec beaucoup de condescendance.

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Comme pour les gilets jaunes, ce que nous disons des “gilets jeunes” (si vous passez l’expression) est majoritairement péjoratif. Ils seraient manipulés par TikTok, endoctrinés par l’extrême gauche, infiltrés par les casseurs et fascinés par la violence gratuite.

Autant de phénomènes qui sont certainement à l’œuvre, mais qui n’expliquent pas à eux seuls, comme pour les “gilets jaunes”, un malaise social.

C’est l’utilisation de la violence qui suscite le plus de controverse. Et c’est pour ça qu’elle est présente, pour susciter la controverse.

Car, quoi qu’on en pense, la violence est malheureusement un moyen efficace d’attirer l’attention des médias, ce qui nous renvoie à nos pratiques. Les médias classiques, mais de plus en plus les médias en ligne. Dont les algorithmes sont boostés par le spectacle de la violence. C’est le “riot porn”.

Un cercle vicieux dangereux

Imaginons, si les élèves s’étaient bornés à une manif pacifique, par exemple une chaîne humaine autour de leur école, ils n’auraient pas eu droit à la même médiatisation. Ils auraient eu moins de place dans nos journaux, certainement pas la une comme aujourd’hui, et les algorithmes de leur Snapchat ou de leur Insta ne seraient pas saturés de leurs images.

Et puis, il faut le dire, les moyens classiques, comme les manifs encadrées par les syndicats semblent, aux yeux de nombreux jeunes, des moyens dépassés et inefficaces.

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Et cela crée un cercle vicieux dangereux. C’est ce que les Anglo-Saxons appellent le “protest paradigm”. La couverture médiatique et la réaction politique se concentrent sur la violence et pas sur les revendications et les moyens de médiation. La majorité pacifique devient invisible, et c’est une minorité, celle qui use de violence, qui définit le mouvement.

Cercle vicieux qui enferme, d’autant plus qu’il suscite de la part du pouvoir un réflexe de répression et une demande d’ordre dans une partie du public.

La France avait été enfermée dans ce cercle vicieux avec les “gilets jaunes”, cela pourrait recommencer avec les gilets jeunes, en Belgique aussi donc.

Condamner la violence ne suffira pas, il faut dialoguer et retrouver des moyens de médiation. Il faut entendre, au-delà des vidéos de poubelles qui brûlent sur TikTok, l’accumulation de difficultés qui touchent une partie des jeunes, leur famille et leur école : minerval [droit d’inscription dans les grandes écoles], cantine, abonnement de bus, pénurie de profs… Sans parler de l’anxiété liée au climat, aux guerres ou à l’économie. Comme pour les “gilets jaunes”, nier la colère – ou pis, la mépriser – ne fera que nourrir la désillusion et la violence.