Pour le média de gauche Fanpage, il s’agit d’une “proposition raciste”, et qui plus est “irréalisable”. Giorgia Meloni, elle, n’en démord pas et évoque une simple “mesure de bon sens”. Depuis plusieurs jours, un décret – qui à l’heure actuelle n’a toujours pas été présenté en Conseil des ministres – enflamme le débat en Italie. Et c’est logique, au vu des deux thèmes très sensibles auquel le futur texte va toucher : l’école et l’immigration.

Tout a commencé dimanche 20 septembre, lorsque, à l’occasion de la fête du mouvement de jeunesse du parti d’extrême droite de la Première ministre italienne, Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni a prononcé la phrase suivante, relayée par le site de la RAI : “Un décret va bientôt être présenté en Conseil des ministres, et celui-ci introduit un nombre maximum d’élèves étrangers par classe. Mais aussi l’obligation, pour les parents d’élèves étrangers rencontrant de graves problèmes d’insertion à l’école, d’apprendre l’italien. Enfin, ce décret va introduire l’interdiction de la burqa et du hidjab à l’école.”

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Bien que les trois propositions de Giorgia Meloni soient toutes très sensibles et susceptibles de déclencher des polémiques, c’est celle qui entend limiter le nombre d’élèves étrangers dans les classes qui a provoqué les discussions les plus vives ces derniers jours. Quel sera le plafond ? Fondé sur quels critères ? Comment le faire respecter ?

Bien que ces questions demeurent sans réponses en l’état actuel des choses, La Repubblica tente de clarifier le contenu du futur décret en s’appuyant notamment sur les déclarations successives de Giorgia Meloni et du ministre de l’Éducation, Giuseppe Valditara.

En ce qui concerne le nombre d’élèves étrangers, “le plafond devrait être de 30 %, affirme le quotidien de centre gauche, mais celui-ci se fondera sur la connaissance de l’Italien et non sur le passeport stricto sensu”. Comme l’explique ensuite le journal, en 2023, les classes qui accueillaient plus de 30 % d’élèves étrangers représentaient un pourcentage de 7,6 %. Mais si l’on exclut du calcul les jeunes de “seconde génération” – qui, en Italie, doivent souvent attendre 18 ans pour obtenir la nationalité – pour ne prendre en compte que les enfants nés à l’étranger, cette proportion tombe à 0,6 %.

Cela signifie qu’un peu plus de 2 000 classes sur les 366 000 que compte le pays seraient concernées par la mesure. “Avec des cas limites, par exemple une classe de cours préparatoire qui compte 90 % de ressortissants du Bangladesh à Mestre [commune de Venise] ou un établissement scolaire de Monfalcone qui compte 76 % d’élèves étrangers”, détaille La Repubblica.

Une mesure inapplicable ?

Des pourcentages qui reflètent la population et les dynamiques de natalité de certains quartiers de ces villes. Mais comment faire respecter concrètement le plafond de 30 % ? Dans les colonnes du Corriere della Sera, Giuseppe Valditara a affirmé que le gouvernement “attribuerait un rôle de coordination aux bureaux territoriaux de l’Éducation nationale, qui pourront affecter les élèves en excès à une autre école proche”. Problème, en 2010, un gouvernement de centre droit avait déjà tenté de mettre en place ce même plafond en confiant aux bureaux territoriaux la mission de le faire respecter. Sans effets concrets.

Certes, il s’agissait à l’époque d’une circulaire, tandis que Giorgia Meloni souhaite mettre en place une véritable loi. Mais les problèmes d’application pourraient persister, souligne Antonello Giannelli, président de l’Association nationale des directeurs d’établissement, qui a parlé d’une mesure “fondée et défendable” d’un point de vue pédagogique, tout en soulignant la difficulté de la traduire en une règle applicable.

Reste à savoir pourquoi la Première ministre a décidé de prendre cette mesure maintenant, presque quatre ans après sa prise de fonctions. Pour le journal d’opposition Il Fatto Quotidiano, les choses sont claires. En vue des élections qui auront lieu dans près d’un an, Giorgia Meloni vire encore un peu plus à droite afin de contrer l’ex-général ultranationaliste Roberto Vannacci, resté en dehors de sa coalition, et qui grimpe dans les sondages. “C’est lui qu’elle poursuit avec ces annonces, et elle semble lui dire : la vraie droite, c’est moi !”