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“Honnêtement, plus on me recommande une série, moins j’ai envie de la regarder”

Dans le magazine américain “The Atlantic”, Anna Holmes interroge son fonctionnement. Vaille que vaille, elle résiste à la surenchère médiatique en refusant de regarder les séries portées aux nues. Et elle n’est pas la seule. Esprit de contradiction ? Snobisme ? Désir de se distinguer ?

“Honnêtement, plus on me recommande une série, moins j’ai envie de la regarder”
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Culture. “Honnêtement, plus on me recommande une série, moins j’ai envie de la regarder”

Severance, The Pitt, Sinners… Anna Holmes est comme ça : “Plus on me vante une série, moins j’ai envie de la regarder.” Elle n’est pas la seule à fonctionner ainsi.

Et à mesure que le temps passe, disons que ça ne va pas en s’arrangeant, livre la chroniqueuse américaine dans les colonnes de The Atlantic.

Ce qui la pousse à agir ainsi ? Elle-même l’ignore. Est-ce par esprit de contradiction ? Snobisme ? Désir de se distinguer ?

“Il y a les avant-gardistes,il y a les retardataires.Moi, j’ai juste une curieusetendance à résister.”

Anna Holmes dans le mensuel américain The Atlantic

Pour Roland Imhoff, psychologue à l’université Johannes-Gutenberg de Mayence, en Allemagne, il n’est question ni d’originalité ni d’anticonformisme, mais d’une forme de “‘réactance psychologique’, c’est-à-dire une réaction défensive qui se produit lorsqu’une personne croit que sa liberté de choix est contrainte”.

“Je ne crains pas forcémentde tomber sur quelque chose de mauvais. C’est plutôtque je ne prendrai pasla peine d’y passer du temps si c’est supposé être de qualité.”

Anna Holmes dans le mensuel américain The Atlantic

C’est ce que la psychologue américaine Marilynn Brewer a formulé en 1991 sous le nom de “théorie de la distinctivité optimale”.

Selon elle, les êtres humains sont animés par deux pulsions psychologiques souvent opposées : un besoin d’appartenance au groupe et un besoin de distinction. Or, “ces désirs sont en tension”, explique Brewer à The Atlantic.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les individus cherchent à développer suffisamment de comportements propres à leur groupe pour satisfaire ce besoin d’appartenance sociale. Mais ils souhaitent également se distinguer des autres afin d’éviter une perte d’identité.

“Il faut peut-être en déduireque la résistanceau battage médiatiquen’est pas un snobisme,mais une gestion de l’identité– un besoin de se différencierqui est activé lorsquequelqu’un pense queson autonomie est menacée.”

Anna Holmes dans le mensuel américain The Atlantic

Enfin, dans le flot incessant de séries et de recommandations qui inondent nos petits cosmos de pixels, renoncer ou résister à la profusion peut simplement relever du mécanisme de protection.

D’autant plus que la plupart de ces contenus supposent une consommation individuelle…

“Et si, en refusant de me joindre aux foules, je résistais non pas au battage, mais plutôt à une solitude ?” conclut l’autrice américaine. —

[Cette story initialement publiée le 17 mars a été republiée le 11 septembre]

Éloïse Duval
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