À la une du dernier numéro du Mail & Guardian, une archive du 16 juin 1976. En titre : “4 morts, 11 blessés, alors que les jeunes se révoltent”. En sous-titre : “Affrontements entre la police et les manifestants”. L’image, en noir et blanc, n’a pas perdu en intensité symbolique. On y devine un corps d’enfant, la bouche ensanglantée, porté à bout de bras par un manifestant adolescent. Une jeune fille, encore en uniforme scolaire, lève la main en geste d’effroi. La scène est saisissante.

La photographie, prise par le journaliste local Sam Nzima, montre Mbuyisa Makhubo portant le corps inerte et ensanglanté d’Hector Pieterson, 12 ans. Sa sœur Antoinette est la jeune fille, le visage déformé par la douleur. Ce cliché est devenu l’image emblématique de cette journée historique.

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L’hebdomadaire sud-africain a choisi de reprendre cette archive pour marquer le cinquantième anniversaire des soulèvements historiques de la jeunesse noire sud-africaine. Tout était parti d’une protestation. Les élèves noirs d’écoles de Soweto étaient descendus dans la rue pour protester contre un projet de loi imposant l’afrikaans comme langue d’enseignement. Une langue européenne étroitement liée au régime d’apartheid, puisque c’est celle de la minorité blanche.

Des dizaines de morts

Les étudiants refusaient tout simplement d’apprendre la langue de l’oppresseur. Plus largement, ils manifestaient “contre l’étouffement de la vie des Noirs elle-même”, écrit dans le Mail & Guardian Sello Hatang, directeur de l’ONG sud-africaine Re Hata Mmoho.

Les policiers blancs tirent sur la foule, lâchent des gaz lacrymogènes. La colère gagne d’autres townships. Le nombre de victimes de cette journée n’a jamais été formellement établi. Le bilan officiel fait état de 23 morts. Selon l’institut South African History Online, il pourrait s’élever à plus de 200 morts.

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Cette journée a suscité des vocations de militants contre l’apartheid, tout en relançant la lutte contre le régime raciste sud-africain. Sur le plan international, l’indignation fut telle que l’ONU a adopté une résolution, en 1977, qui imposait un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du Sud.

Il faut attendre le 2 février 1990 pour que le président sud-africain de l’époque, Frederik Willem De Klerk, annonce la fin de l’interdiction des partis d’opposition et la libération des prisonniers politiques – Nelson Mandela sort de prison quelques jours plus tard. Quant aux dernières lois raciales, elles sont abrogées en juin 1991. Un peu moins de trois ans plus tard, Nelson Mandela devient président de la république.