Jean-Noël Jeanneney : «Défendons le service public de l’audiovisuel !»
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Avec le troisième volume de ses Mémoires, Le Rocher de Süsten (Le Seuil) véritable plongée dans les années 1991 à 2002, Jean‑Noël Jeanneney continue de façonner le portrait d’une époque où il fut (et demeure) un intellectuel engagé. Il est l’invité de ce numéro de l’émission, l’occasion pour lui, de se faire l’ardent défenseur de l’audiovisuel public, au micro de Pierre-Edouard Deldique.
Historien, professeur, écrivain, ministre, président de grandes institutions à vocation culturelle (Radio France et RFI notamment), il raconte ce qu’il a vu et vécu au plus près des lieux de pouvoir et il nous livre son témoignage dans l’émission, comme il l’avait fait lors de la sortie des deux précédents tomes parus en 2020 et 2022, autant de numéros d’Idées que vous pouvez retrouver sur la page de l’émission :
À écouter aussiJean-Noël Jeanneney, ancien PDG de Radio France, ancien président de la Bibliothèque Nationale
La première partie du livre est consacrée aux années où l’homme de culture soudain nommé à Bercy occupe les fonctions de secrétaire d’État au Commerce extérieur dans l’éphémère gouvernement d’Edith Cresson. Puis il est question de son passage à la Communication, dans le gouvernement cette fois, de Pierre Bérégovoy.
Au fil des pages, dans le style qui est le sien, où l’ironie n’est jamais loin, surgissent les ambitions un rien mégalomanes, les arbitrages, tensions internes, luttes plus ou moins feutrées, les clabaudages liées à la vie politique dans les coulisses des palais nationaux.
On lira avec délice les pages que l’auteur consacre aux rivalités entre les principaux responsables du parti socialiste surnommés « les éléphants ». Le lecteur voyage avec délectation entre les ambitions contrariées des uns et la jalousie des autres.
Jean-Noël Jeanneney observe aussi les mutations géopolitiques lors des premières années de l’après-guerre froide ; la construction européenne (Maastricht), les incertitudes liées à la mondialisation, les promesses et les inquiétudes d’un monde en transition.
L’un des points forts de ce tome des Mémoires est l’engagement de Jean-Noël Jeanneney en faveur d’une politique culturelle ambitieuse. Il revient longuement sur la création d’ARTE, dont il fut l’un des artisans, et sur la loi qu’il porte pour étendre le dépôt légal à la radio et à la télévision — une réforme essentielle pour la mémoire audiovisuelle nationale. Sans oublier sa défense de la redevance audiovisuelle aujourd’hui disparue.
Le livre fourmille de portraits qui donnent chair à la vie publique de l’époque : Mitterrand, Bérégovoy, Delors, Jospin, Badinter, mais aussi Balladur, Chirac, Simone Veil ou Gerhard Schröder. L’historien, le spécialiste de la concordance des temps (titre de l’émission qu’il présente chaque samedi matin sur France Culture) excelle dans l’art du croquis : jamais complaisant, jamais cruel, souvent savoureux.
Après l’échec électoral de la gauche en 1993, le ministre redevenu historien de profession retrouve l’université avant d’être nommé à la tête de la Bibliothèque nationale de France. Il raconte cette période avec une attention particulière, lui l’homme du livre, de l’écrit.
Ce troisième tome confirme la singularité de Jean-Noël Jeanneney : un intellectuel qui veut être un homme d’action, dans la mêlée avec le recul de l’historien qui note tout. Son sous‑titre, Marianne et Clio, résume ce caractère, cet engagement pour la République et pour l’Histoire, sans illusions, sans se prendre au sérieux. On le constate en écoutant ce nouveau numéro du magazine « Idées ».
Programmation musicale :
- L'Important c'est la rose - Maurice Larcange
- Aubade (Compositeur : Erik Satie) - Ikiru
- Merry Go Round Whirl (compositeur : Ernesto Lecuona) - Pierre Solot.
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