Romancier à succès, ancien parlementaire conservateur et figure familière des scandales britanniques, Jeffrey Archer est mort à l’âge de 86 ans, a annoncé, lundi 5 octobre, son éditeur, HarperCollins. L’auteur s’est éteint « subitement et paisiblement chez lui, entre deux séances d’écriture », a précisé la maison d’édition. Kate Elton, son éditrice, a rendu hommage à un « maître conteur et rêve de tout éditeur ».
L’écrivain devait participer cette semaine au festival littéraire de Cheltenham, dans le sud-ouest de l’Angleterre, pour discuter d’Adam and Eve, qu’il présentait comme son dernier roman. Sa parution était prévue mardi. Le tabloïd The Sun a rapporté qu’il avait signé des livres pour des fans lors d’un événement à Londres, dimanche.
Jeffrey Archer avait révélé, en 2014, qu’on lui avait diagnostiqué un cancer de la prostate. L’auteur a mené une vie aussi haute en couleur que les personnages de ses romans, qui se sont vendus à plus de 300 millions d’exemplaires, selon son site Internet.
Ambitieux, il n’a jamais pu tout à fait se défaire du parfum de scandale, malgré un talent certain pour rebondir après des revers humiliants. La politique et le sexe étaient les ingrédients qui ont assuré son succès comme romancier. Mais dans la vie, cette combinaison a entraîné la chute de celui qui espérait, jadis, devenir maire de Londres.
Une ascension politique contrariée
Le Britannique a été jugé pour parjure et subornation de témoins après qu’un ami eut admis lui avoir fourni un faux alibi lors d’un procès en diffamation intenté par l’écrivain contre le tabloïd Daily Star, en 1987. Jeffrey Archer avait poursuivi le journal pour avoir affirmé qu’il avait couché avec une prostituée et avait obtenu 500 000 livres (environ 590 000 euros) de dommages et intérêts.
Il avait réussi à gravir presque tous les échelons du Parti conservateur. Sa carrière parlementaire a pris fin brutalement en 1974, lorsqu’il a frôlé la faillite, après l’effondrement d’une entreprise canadienne de nettoyage industriel dans laquelle il avait investi. Avec sa résilience coutumière, Jeffrey Archer a toutefois utilisé ses expériences comme matière pour son premier livre, Not A Penny More, Not A Penny Less, publié en 1975, le premier d’une série de best-sellers situés dans les milieux de la haute finance et de la politique.
Ereintés par la critique, ces ouvrages lui ont néanmoins rapporté une fortune, et Jeffrey Archer a continué à nourrir l’espoir d’un retour en politique, tout en mettant à profit ses relations et son pouvoir de persuasion pour récolter des millions de livres pour les Tories. En 1985, ses efforts ont été récompensés par la première ministre de l’époque, Margaret Thatcher, qui l’a nommé vice-président du Parti conservateur.
Exclu du parti
Mais un an après sa nomination, il a été contraint de démissionner en raison de ce qu’il a décrit comme un « manque de jugement », après avoir envoyé 2 000 livres à une prostituée, Monica Coghlan. Il a toujours soutenu qu’il avait versé cette somme uniquement pour l’aider. En 1992, le successeur de Thatcher, John Major, a recommandé son élévation à la pairie, lui donnant le droit de siéger à la Chambre des lords, la chambre haute du Parlement. En 1999, Jeffrey Archer a lancé une campagne pour devenir le candidat du Parti conservateur au poste de premier maire élu de Londres.
Or, quelques mois plus tard, il est apparu qu’il avait demandé à un ami, Ted Francis, de lui fournir un faux alibi dans l’affaire contre le Daily Star. Cela l’a contraint à renoncer à sa candidature. Il a, par la suite, été exclu du parti.
En 2001, Jeffrey Archer a comparu devant la justice et a été reconnu coupable de parjure et de subornation de témoins. Il a été condamné à quatre ans de prison, dont il a purgé une partie avant de bénéficier d’une libération conditionnelle, en 2003.