Prendre son temps, réapprendre à profiter du moment présent, retrouver le goût de l’oisiveté, faire silence… Face au fracas du monde et à l’accélération du rythme de nos vies modernes, partout sur la planète la tendance à ralentir gagne du terrain. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il semble s’intensifier. En 2004 déjà, le journaliste canadien Carl Honoré publiait son Éloge de la lenteur, prélude au moment slow dans lequel il prônait un rééquilibrage de nos vies, trop axées sur le culte de la performance et de la vitesse.

Un peu plus de vingt ans plus tard, le sujet est plus que jamais d’actualité dans la presse étrangère, qu’il s’agisse des vacances, de la tyrannie des smartphones et du scroll infini, ou de notre rapport au temps de façon générale. Pourquoi sommes-nous si pressés ? Est-il si grave de ne rien faire ? C’est à toutes ces questions que nous avons choisi de consacrer le dossier de notre numéro triple – le prochain magazine paraîtra le 13 août. Mais en attendant vous pourrez retrouver toute l’actualité sur notre site, qui, lui, ne s’arrête pas.

Dans The Guardian, Anita Chaudhuri explique ainsi à quel point il lui arrive de paniquer lorsqu’elle a du temps libre : “C’est drôle comme on passe parfois notre vie dans l’agitation et l’adrénaline, à espérer le repos. Et quand celui-ci se profile enfin, on se sent mal à l’aise.” C’est que, se désole-t-elle, “le fait d’être occupé est de plus en plus vu comme une marque de statut social et de supériorité morale”. Or, loin de culpabiliser, nous devrions plutôt exiger un droit à la contemplation, plaide Gianrico Carofiglio dans les colonnes de La Repubblica. “Les gens travaillent trop, dorment mal et n’ont plus suffisamment d’espace à consacrer aux relations, à la beauté, au silence, regrette l’écrivain italien. Souvent, ils ne savent même pas quoi faire de leur temps libre, parce que des décennies de travail ont atrophié leur capacité à rester improductifs.”

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“Et si l’on s’inspirait du paresseux ?” ose de son côté la Süddeutsche Zeitung. “Oublions nos listes de tâches sans fin et sortons du tourbillon de la vie : soyons détendus et heureux comme un paresseux, prenons le temps, savourons. Car n’est-ce pas là une vie enviable ?”

C’est le choix que font de plus en plus de jeunes Chinois, raconte le South China Morning Post. Pour échapper à la course effrénée au paraître et au bling-bling, ils sont de plus en plus nombreux, baptisés “être humains à l’ancienne”, à renouer avec un mode de vie proche de celui de leurs grands-parents. En Italie aussi, la grand-mère, “gardienne des rituels simples et d’une temporalité qui ne se mesure pas en notifications, a été élevée à son insu au rang de symbole générationnel pour la Gen Z”, écrit la chaîne italienne Tgcom24. C’est le Nonna Maxxing (“Mamie Maxxing”), un néologisme de plus pour décrire cette tendance mondiale. Il y en a d’autres. Comme le sleepcation (ou “escapadodo”, en français), soit des vacances entières passées à dormir raconte The Wall Street Journal.

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Sans aller jusque-là, cet été, les vacanciers privilégieront des séjours tranquilles, moins loin, plus calmes, prédisait CNBC il y a quelques mois déjà. “Les gens aspirent simplement à une pause loin du tumulte du quotidien”, expliquait une spécialiste des voyages citée par à la chaîne américaine.

Dans ce dossier, nous vous proposons un tour du monde des meilleures façons de voyager en douceur et, pour l’accompagner, un florilège d’expressions étrangères qui, de l’hindi au croate, du chinois au portugais, érigent la lenteur en art de vivre. Un dossier à découvrir à votre rythme bien sûr.

À retrouver aussi avec ce numéro, notre rendez-vous à destination des plus jeunes, Courrier ados, consacré aux réseaux sociaux. Peut-on les interdire et comment ? Une question qui résonne évidemment avec notre besoin collectif de ralentir. Dans une interview accordée récemment à Clarín, Carl Honoré qualifie les smartphones d’“arme de destruction massive”. “Les réseaux sociaux, qui au début nous connectaient les uns aux autres, dit-il, aggravent l’anxiété, l’esprit de performance, la superficialité.” À méditer.

De la Crimée à l’Irak, des États-Unis au Yémen, de l’Inde à l’Afrique de l’Est, de l’Amazonie au Sénégal, de la Provence aux Philippines, ce numéro triple est aussi l’occasion d’un voyage passionnant à travers les petites et grandes histoires de ce monde. Un reflet aussi de toute la diversité de Courrier international, dans ses sélections d’articles et de sujets, ses sources et ses langues. Bonne lecture.

À lire dans ce numéro

Sous les drones, la Crimée vit une saison touristique sans estivants ni carburantL’armée ukrainienne intensifie ses attaques de drones sur la péninsule annexée par la Russie en 2014. Le quotidien de ses habitants est désormais marqué par une pénurie d’essence, des coupures d’électricité, une multiplication des alertes aériennes et des touristes russes aux abonnés absents, comme en témoigne ce journaliste du média russe indépendant The Insider.

En Provence, à l’heure du dérèglement climatique, la pistache est reineAprès avoir disparu du territoire provençal au XIXᵉ siècle, la pistache y fait son retour. De Volkskrant est parti à la découverte de cet “or vert” qui, en raison du réchauffement, remplace par endroits les vignes dans le sud-est de la France. Une piste parmi d’autres pour s’adapter à cette crise “au lieu de la subir passivement”, constate le quotidien néerlandais. Troisième volet de notre série d’été “Voyage en France”.

En Turquie, la vigne est une affaire de femmes

Cinquième au classement mondial pour sa surface viticole, la Turquie, pays musulman, exporte pourtant principalement des raisins secs. Mais les vins turcs existent et commencent à se faire une place dans les restaurants cossus du pays, notamment grâce aux femmes qui font vivre le secteur, comme le relate le Süddeutsche Zeitung Magazin.

Toujours plus de complexes ! : les diasporas africaines face à la norme occidentale de la minceur

Vantés par des influenceuses, l’Ozempic et autres médicaments amaigrissants uniformisent les corps des femmes. Dans le quotidien britannique The Guardian, Nesrine Malik questionne l’effet de ces diktats au sein des communautés africaines qui vivent en Europe. La chroniqueuse, d’origine soudanaise, déplore une forme d’acculturation dans les normes de beauté et de santé. En contrepoint, un article paru dans The Observer : “Le ‘phénomène Ozempic inversé’ : en Afrique de l’Est, les femmes veulent grossir à tout prix.”

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Le ralentissement de l’Amoc, ce puissant courant marin, va-t-il aussi dérégler le climat ?

Les chercheurs s’inquiètent du ralentissement de l’Amoc, le principal courant de l’Atlantique, véritable chef d’orchestre du climat. De nouvelles études prévoient son arrêt total, dont l’une des conséquences serait une chute des températures en Europe. Les modèles divergent, mais certains annoncent que la catastrophe pourrait arriver vers 2100.

Bagdad, un millefeuille urbain en plein chamboulement

Des édifices ottomans, des quartiers Art déco à l’abandon, des bâtiments futuristes en béton des années 1970 : la capitale irakienne est riche de mille et une strates, accumulées au fil d’une histoire mouvementée, raconte le journaliste australien Ben Buckland dans Foreign Policy. Aujourd’hui, la question se pose de savoir quoi rénover, quoi conserver, alors qu’une nouvelle Bagdad flambant neuve a commencé à sortir de terre.

L’affaire de Suez, quand Londres et Paris ont cessé d’être des grandes puissances

Il y a soixante-dix ans, ce n’est pas le détroit d’Ormuz qui se trouvait au cœur d’une crise internationale, mais un autre axe stratégique : le canal de Suez, nationalisé par le dirigeant égyptien Nasser. En tentant d’annuler sa décision par la force, Français et Britanniques se sont heurtés aux Américains et aux Soviétiques. Et ils ont dû plier, raconte le site suédois Engelsberg Ideas.