Un piège se referme à nouveau sur la péninsule Arabique et sur l’économie mondiale. Une offensive éclair des rebelles houthistes au Yémen menace en effet le second détroit stratégique de la région après Ormuz. Il s’agit de celui de Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge à l’océan Indien et par lequel transite près de 9 % du commerce maritime mondial. S’y ajoutent la reprise des affrontements directs entre ces rebelles et l’Arabie saoudite, ainsi que la fermeture, après une attaque de drone conduite par une milice pro-iranienne d’Irak, de l’oléoduc permettant d’exporter le pétrole saoudien par la mer Rouge.
La mise en déroute, par les miliciens yéménites, des forces du gouvernement internationalement reconnu, à proximité du détroit, traduit la volonté des houthistes de profiter du désordre régional introduit par la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Ils entendent s’imposer comme des interlocuteurs incontournables dans cette partie du Moyen-Orient.
L’offensive des Etats-Unis et d’Israël contre le régime iranien, qui devait être une « excursion » conduisant à une « reddition inconditionnelle », selon le président américain, Donald Trump, s’est transformée depuis longtemps en bourbier, avec la double fermeture du détroit d’Ormuz. Par l’Iran, pour imposer un contrôle inédit sur ce goulet stratégique. Par les Etats-Unis, dans l’espoir d’obtenir par la pression économique ce dont les armes ont été incapables : une capitulation selon les termes de Washington.
Capacités de nuisance
Le régime iranien a beau jeu d’assurer ne pas être impliqué dans l’escalade au Yémen, alors que les houthistes n’avaient pas réagi aux bombardements dont il avait été la cible, en mars. Leur offensive victorieuse le sert considérablement en mettant une nouvelle fois en évidence les capacités de nuisance des ennemis des Etats-Unis. Elle souligne également le peu de consistance des garanties de sécurité américaines, Washington étant manifestement resté sourd aux appels à l’aide lancés par le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, l’homme fort de Riyad.
L’offensive houthiste ne peut que raviver de mauvais souvenirs chez ce dernier. Fraîchement nommé ministre de la défense en 2015, au début de sa foudroyante prise du pouvoir sous l’égide de son père, le roi Salman, il s’était en effet lancé dans une guerre qu’il s’était montré incapable de remporter en dépit des moyens militaires considérables du royaume.
Mohammed Ben Salman avait fini par s’en désengager en 2022 pour se concentrer sur la transformation économique de son pays et sur la préparation de l’après-pétrole. Mais ce projet colossal est percuté par la guerre contre l’Iran, tout comme le modèle de développement des autres monarchies de la rive arabe du Golfe, et la nouvelle offensive houthiste transforme ce rêve saoudien en cauchemar. Elle produit un autre effet négatif en soumettant le pacte de sécurité conclu en août avec la Turquie et le Pakistan, à La Mecque, en Arabie saoudite, à un test auquel ces puissances n’étaient manifestement pas préparées.
Le régime iranien vise clairement une envolée des prix du pétrole, à quelques semaines d’élections de mi-mandat délicates aux Etats-Unis, pour faire plier Donald Trump. Mais le reste du monde, qui n’a rien à voir avec cette guerre, en payera également le prix, tout comme les Yéménites, qui survivent au gré de guerres incessantes dans un pays exsangue.