Tout s’est précipité d’un coup”, raconte L’Orient - Le Jour. Vendredi 7 août, le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane a reçu le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, à La Mecque, où tous trois ont signé un accord de défense conjoint. Un “pas inédit” qui “dessine avec plus de précision un nouvel axe régional sous l’égide de Riyad, en genèse depuis des mois”, résume le quotidien libanais.

“L’accord vise à renforcer la dissuasion collective contre tout acte d’agression et stipule que toute attaque armée contre l’un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous”, a précisé le ministère pakistanais des Affaires étrangères, la Turquie y voyant une “contribution importante à la préservation de la paix” dans la région.

Avec cette alliance, Riyad, Islamabad et Ankara s’essaient en quelque sorte “à un pacte de défense inspiré de l’Otan”, analyse le magazine Foreign Policy qui estime que ce partenariat “consolide le poids et l’influence de ces trois poids lourds régionaux”.

La signature de cet accord intervient en pleine guerre au Moyen-Orient, alors que Riyad a été ciblé par l’Iran à de multiples reprises en représailles aux bombardements américains et que le royaume fait face à une reprise des hostilités avec les rebelles yéménites houthistes.

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“La Turquie et le Pakistan ont jusqu’ici été épargnés par des attaques directes de grande ampleur”, observe Al-Jazeera, mais “les deux pays souhaitent vivement apaiser les conflits régionaux qui menacent leur sécurité et leurs économies”. Les trois alliés sunnites ont d’ailleurs en commun de participer aux efforts de règlement du conflit entre l’Iran et les États-Unis, qui a embrasé le Moyen-Orient.

“Le fait de sceller [ce pacte] à La Mecque, qui abrite le lieu le plus sacré de l’islam, lui confère” aussi “une forte dimension symbolique, tout en s’inscrivant dans le prolongement de liens militaires bilatéraux anciens”, ajoute Al-Jazeera.

“Depuis des décennies, le Pakistan fournit aux forces saoudiennes une formation et une assistance technique, tandis qu’Islamabad et Ankara ont déjà procédé à des échanges de navires de guerre et d’avions d’entraînement, et que Riyad a acheté à plusieurs reprises des drones turcs”, rappelle notamment Foreign Policy. Le mois dernier, le Pakistan et la Turquie ont également soutenu une coalition de défense maritime proposée par l’Arabie saoudite, destinée à protéger les routes maritimes régionales et à empêcher que les chaînes d’approvisionnement mondiales ne soient prises en otage en temps de guerre.”

“Bouclier contre la menace iranienne”

Pour certains analystes, ce nouvel accord de défense peut être considéré “comme une tentative visant à établir un rempart contre de futures attaques iraniennes”, note The Wall Street Journal. “Cela envoie à l’Iran le message qu’il ne peut pas simplement imposer sa volonté face aux nouvelles réalités qui émergent aujourd’hui et qui ont considérablement renforcé la position de [Téhéran] dans la région du Golfe”, analyse notamment le chercheur Umer Karim, chercheur associé au King Faisal Center for Research and Islamic Studies, un groupe de réflexion basé à Riyad.

“Bouclier contre la menace iranienne”, ce partenariat vise essentiellement à assurer la défense des trois pays, mais n’a pas, au-delà de cela, “d’ambitions régionales”, observe L’Orient - Le Jour. Ses “objectifs se définissent surtout par la négative : contenir le levier maritime de l’Iran et la portée d’action de ses mandataires ; imprimer une marque arabe et musulmane à la sécurité régionale au-delà de ce que l’Occident dicte ; ou encore veiller à ce qu’aucun ordre régional d’après-guerre ne soit défini par rapport à Israël”, énumère Hesham Alghannam, chercheur au Carnegie Middle East basé à Riyad, cité par le quotidien libanais.

Pour Osama Bin Javaid, journaliste d’Al-Jazeera basé à Doha, ce pacte qui “réunit essentiellement trois des plus importantes populations musulmanes” de la région, marque le début d’une “nouvelle architecture sécuritaire” au Moyen-Orient.

Une alliance qui pourrait peser à Washington

Cet axe saoudo-turco-pakistanais pourrait notamment peser sur les décisions de l’administration Trump. « Les trois pays sont de proches alliés des États-Unis et leurs dirigeants s’entendent bien avec le président américain”, observe L’Orient - Le Jour.

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Les voix de “Mohammad ben Salmane et de Recep Tayyip Erdogan qui ont l’oreille du milliardaire républicain”, pourraient “porter notamment auprès du camp républicain partisan de la diplomatie mené par le vice-président J. D. Vance, au moment où celle du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou est critiquée par des éléments des deux grands partis américains”, avance le quotidien libanais.