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Géopolitique

« L’aveu d’impuissance au Moyen-Orient mine les démocraties occidentales »

Le décalage entre les discours et les actes dans la région sape la crédibilité intérieure et internationale des dirigeants occidentaux, analyse l’historien Jean-Pierre Filiu dans sa chronique au « Monde ».

« L’aveu d’impuissance au Moyen-Orient mine les démocraties occidentales »
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Les dirigeants des démocraties occidentales sont censés être élus sur la base d’un programme que les contraintes économiques et budgétaires les obligent souvent à amender. La tentation est alors forte pour eux de compenser cette forme de renoncement intérieur en s’investissant sur la scène internationale, et tout particulièrement au Moyen-Orient, du fait de la dimension symbolique et de l’importance stratégique de cette région, ainsi que des passions qu’elle suscite.

Néanmoins, le risque est sérieux de ne pas pouvoir imposer sa volonté dans une zone aussi troublée, voire de s’exposer dans des crises de moins en moins contrôlables. Les dirigeants ainsi échaudés s’accommodent de leur incapacité à peser sur le cours des événements, se bornant à une diplomatie de plus en plus déclaratoire. Ils laissent alors le champ libre, à l’extérieur, aux prédateurs grisés par leur impunité et, à l’intérieur, aux populistes prompts à dénoncer un tel reniement. C’est pourquoi l’aveu d’impuissance au Moyen-Orient mine les démocraties occidentales.

Barack Obama, investi à la Maison Blanche en janvier 2009, s’était engagé à mettre un terme aux « guerres sans fin » des Etats-Unis au Moyen-Orient. Il refusa dès lors de soutenir clairement le soulèvement syrien contre le régime de Bachar Al-Assad, qu’il mit juste en garde, en août 2012, contre l’utilisation des armes chimiques, considérée comme une « ligne rouge ».

Le dictateur syrien eut beau ordonner des frappes au gaz sarin contre des banlieues insurgées de Damas, en août 2013, le président américain, sommé de tenir parole, préféra rester passif. Une telle reculade affaiblit très sensiblement les révolutionnaires syriens face aux formations djihadistes, qui accueillirent par milliers des recrues venues du monde entier. L’onde de choc fut ressentie jusqu’en Ukraine où, six mois plus tard, l’armée russe occupa la Crimée, bientôt annexée, tandis qu’une guerre hybride était déclenchée dans le Donbass. Barack Obama ne riposta pas plus à cette agression sans précédent, compromettant ainsi la sécurité de l’Europe du fait de son inconstance moyen-orientale.

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