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Géopolitique

L’espace, un test de puissance pour l’Europe

Les pays du Vieux Continent continuent de gérer le sujet du spatial comme un assemblage de souverainetés nationales alors que la compétition se joue entre blocs de puissance. S’ils ne veulent pas décrocher face aux Etats-Unis et à la Chine, les Européens doivent changer de méthode.

L’espace, un test de puissance pour l’Europe
HaitiCreoleRadio.com

Le Sommet international sur l’espace des 9 et 10 septembre, à Paris, vise à jeter les bases d’une nouvelle Europe spatiale. Mais la « vision partagée » qu’appelle de ses vœux le président français, Emmanuel Macron, en organisant cet événement est loin d’être acquise. La France et l’Allemagne affichent des ambitions concurrentes, tandis que chaque capitale cherche à préserver ses propres intérêts industriels et stratégiques. Paris évoque une entente cordiale « même sur les sujets de divergence ». Une formule qui rappelle ces couples qui ne s’entendent plus mais continuent de poser ensemble pour la photo de famille.

Le désistement de Friedrich Merz, le chancelier allemand, qui devait coprésider le sommet, n’est que le symbole le plus visible de cette difficulté. Le véritable sujet est ailleurs : l’Europe continue de gérer le sujet du spatial comme un assemblage de souverainetés nationales alors que la compétition se joue entre blocs de puissance.

Le changement du monde est pourtant spectaculaire. La société américaine SpaceX a imposé un modèle fondé sur la réutilisation des lanceurs et une cadence de tir sans commune mesure avec celle de l’Europe tandis que la Chine rattrape son retard à grande vitesse. Le président américain, Donald Trump, fixe aux Etats-Unis l’objectif de plus de 1 000 lancements par an en 2030. Dans le même temps, le programme Ariane-6 n’atteindra sa pleine cadence qu’en 2027 et l’Agence spatiale européenne prévient déjà que le continent pourrait manquer de capacités de lancement à la fin de la décennie.

Face à cette accélération, l’Europe ne manque ni de compétences ni de moyens. Près de 60 milliards d’euros pourraient être consacrés au spatial dans le prochain budget européen, soit quatre fois plus que l’enveloppe actuelle. Le problème est donc moins l’argent que la façon dont il est dépensé. Une Europe qui additionne ses budgets nationaux ne devient pas nécessairement une puissance spatiale.

La concurrence qui s’installe entre Français, Allemands, Espagnols et Italiens n’est pas en soi une mauvaise nouvelle. L’essor de l’allemand Isar Aerospace, de l’espagnol PLD Space ou du français MaiaSpace, filiale d’ArianeGroup, montre au contraire que le modèle européen peut s’ouvrir à de nouveaux acteurs. Mais si chaque Etat cherche à bâtir son propre écosystème, cette compétition risque de disperser les investissements et de réduire la masse critique nécessaire pour affronter les géants américains et chinois.

Le cas d’IRIS² est encore plus révélateur. L’Union européenne veut construire une constellation de communications sécurisées mais plusieurs Etats développent parallèlement leurs propres infrastructures. Chacun peut avoir de bonnes raisons de le faire. Ces stratégies isolées pourraient toutefois aboutir à l’opposé de l’objectif recherché : une souveraineté européenne affaiblie par l’empilement des intérêts nationaux.

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Il est temps de changer de méthode. L’Europe doit partir de ce qu’elle veut faire puis organiser ses compétences et ses financements en conséquence. Un projet de vol habité européen pourrait, à cet égard, jouer le rôle d’un puissant catalyseur en obligeant les Européens à penser en termes de capacités communes plutôt que de retours industriels nationaux.

Le spatial peut ainsi servir de laboratoire à une Europe qui cherche encore son mode d’emploi stratégique. Les Européens ont les compétences, les entreprises et les financements pour changer d’échelle. Mais ils continueront à décrocher s’ils persistent à développer séparément les capacités que les Etats-Unis et la Chine construisent à l’échelle de leur puissance.

Le Monde

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