En dépréciation continue depuis 2020, la valeur de la devise japonaise a atteint le 28 juillet une faiblesse inédite depuis 1986, un dollar s’échangeant contre près de 164 yens. Le 31 juillet, cette situation a conduit Tokyo à intervenir sur le marché des changes pour soutenir sa devise, comme elle le fait régulièrement depuis plusieurs années. Fait exceptionnel, le département du Trésor des États-Unis lui est cette fois venu en aide en achetant des yens, rapporte la chaîne publique nippone NHK.

Le montant concerné par cette intervention conjointe n’est pas publié, mais le résultat ne s’est pas fait attendre : le yen a rebondi et son taux de change s’établit actuellement à 156 yens pour un dollar. “Le Japon faisait face à la chute de sa devise et demandait de l’aide. Nous avons toujours soutenu Tokyo”, a déclaré dimanche 2 août le président américain Donald Trump, cité par NHK.

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Depuis 1998, c’est la première fois que les deux capitales procèdent à une telle opération”, rappelle la chaîne. En effet, ce type d’initiatives n’est pas inédit en soi. Mais “les gouvernements les menaient uniquement en cas d’urgence, comme des catastrophes naturelles ou une crise monétaire”, ajoute de son côté le journal économique Nihon Keizai Shimbun.

Éviter la hausse des taux d’intérêt américains

Mais pourquoi les États-Unis prêtent-ils la main à Tokyo ? Donald Trump a toujours vu d’un mauvais œil la faiblesse du yen, en considérant qu’elle favorise de manière injuste les ventes des produits japonais sur le marché américain. Cette opération “pourrait donc mener à l’amélioration de la balance commerciale états-unienne, un des objectifs de son administration”, note le quotidien Asahi Shimbun.

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Au-delà de cette question, les États-Unis cherchaient aussi à éviter que la faiblesse du yen pèse sur leur propre économie, décrypte l’analyste financier Yosuke Tsuchida sur le site JBpress.Afin d’obtenir les fonds nécessaires pour réaliser une intervention sur le marché des changes, Tokyo a besoin de vendre des obligations américaines à court terme”, explique-t-il. Ce que souhaite éviter Washington, une intervention japonaise d’ampleur pouvant mener à la hausse des taux d’intérêt à long terme des États-Unis.

En dépit des efforts des deux capitales, les effets de cette opération pourraient être de courte durée, estime le Nihon Keizai Shimbun. Dans l’archipel, la faiblesse du yen est vue comme un facteur aggravant l’inflation. Et la Première ministre Sanae Takaichi cherche à stimuler l’économie nippone en soutenant le pouvoir d’achat, en réduisant notamment la TVA sur les produits alimentaires (de 8 % à 1 %) à partir d’avril prochain. Quitte à mettre de côté la rigueur budgétaire, alors que la dette du pays se monte à 250 % de son PIB. “Parmi les experts du marché des changes, beaucoup considèrent que les autorités japonaises et américaines ont juste gagné du temps”, sans remédier aux questions de fond, écrit le quotidien.