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L’opérateur pan-insulaire Viettel/Natcom – instrument d’une intégration d’Haïti dans l’économie dominicaine : sera-t-il le miroir de la perte de la souveraineté haïtienne ?

Là où le XXe siècle avait produit une dépendance commerciale et migratoire, le President Abinader et le Premier ministre Fils-Aimé veulent ajouter une dépendance infrastructurelle et informationnelle. Un opérateur pan-insulaire contrôlé depuis l’extérieur, opérant sur une île où l’u

L’opérateur pan-insulaire Viettel/Natcom – instrument d’une intégration d’Haïti dans l’économie dominicaine : sera-t-il le miroir de la perte de la souveraineté haïtienne ?
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20 août 2026
L’opérateur pan-insulaire Viettel/Natcom – instrument d’une intégration d’Haïti dans l’économie dominicaine : sera-t-il le miroir de la perte de la souveraineté haïtienne ? 
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L’opérateur pan-insulaire Viettel/Natcom – instrument d’une intégration d’Haïti dans l’économie dominicaine : sera-t-il le miroir de la perte de la souveraineté haïtienne ? 

  • by Rezo Nodwes
  • 20 août 2026
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Là où le XXe siècle avait produit une dépendance commerciale et migratoire, le President  Abinader et le Premier ministre Fils-Aimé veulent ajouter une dépendance infrastructurelle  et informationnelle. Un opérateur pan-insulaire contrôlé depuis l’extérieur, opérant sur une  île où l’un des deux États est profondément affaibli, prolonge sous une forme nouvelle la  logique historique de domination économique de l’Est sur l’Ouest. 

L’adjudication, le 19 août 2026, de 240 MHz de spectre à Viettel en République dominicaine  (40 MHz en 700 MHz, 100 MHz en 2,3 GHz et 100 MHz en 3,6 GHz pour vingt ans) ne  constitue pas seulement l’entrée d’un nouvel opérateur mobile. Combinée à la présence déjà  établie de Natcom en Haïti (60 % Viettel), elle accélère la formation d’un opérateur télécom  véritablement pan-insulaire sous pilotage vietnamien , mais au service du projet du  gouvernement dominicain.  

Cette évolution s’inscrit dans un projet plus large : l’intégration progressive d’Haïti dans  l’espace économique dominicain, projet dont le président Luis Abinader a fait l’un des axes  structurants de sa politique frontalière. 

Le projet d’intégration d’Haïti dans l’économie dominicaine 

Depuis plusieurs années, Santo Domingo a formalisé une stratégie claire. Après la  construction d’un mur physique à la frontière, Abinader a annoncé en février 2026 la mise en  place d’un « mur économique » : un réseau de ports secs sous régime de zone franche, doté de  plus de 300 millions de dollars d’investissement privé. L’objectif affiché est de formaliser le  commerce bilatéral, de réduire la contrebande, de revitaliser les provinces frontalières et de  transformer la frontière en pôle de développement. Haïti demeure le deuxième partenaire  commercial de la République dominicaine, mais dans une relation profondément  asymétrique : les exportations dominicaines vers Haïti représentent l’essentiel des échanges,  tandis que les flux en sens inverse restent marginaux. 

Dans cette logique, un opérateur télécom pan-insulaire prend tout son sens. Il facilite la  connectivité des zones frontalières, le déploiement de solutions de paiement digital, la  traçabilité logistique, la coordination des marchés binational et la circulation de l’information  économique. Favoriser l’entrée de Viettel/Natcom – déjà implanté des deux côtés – plutôt  qu’une expansion purement dominicaine de Claro ou Altice, permet de disposer d’un acteur  capable d’opérer de manière intégrée sur l’ensemble de l’île, au service d’une formalisation  du commerce et d’une plus grande fluidité des échanges sous des règles largement définies  par Santo Domingo. 

C’est dans cette perspective que l’adjudication de l’Indotel apparaît comme une décision  cohérente avec la vision d’Abinader : renforcer le contrôle dominicain sur les flux  économiques transfrontaliers tout en ouvrant un espace à un partenaire capable d’agir des  deux côtés de la frontière.

Cette stratégie s’inscrit dans une longue histoire d’asymétrie économique entre les deux pays  qui partagent l’île. Au XIXe siècle, après l’indépendance haïtienne et l’occupation de la partie  orientale (1822-1844), les trajectoires divergent. Au XXe siècle, les occupations américaines  (Haïti 1915-1934, République dominicaine 1916-1924) et les politiques économiques  ultérieures accentuent l’écart. Alors qu’en 1960 les PIB par habitant étaient comparables, la  République dominicaine a connu une croissance soutenue tandis qu’Haïti s’enfonçait dans  l’instabilité politique, la faiblesse institutionnelle et le sous-investissement. 

Le commerce bilatéral s’est structuré de manière structurellement déséquilibrée. Haïti est  devenu un marché captif pour les produits dominicains (textiles, ciment, produits  alimentaires, biens de consommation), tandis que la frontière est restée un espace d’économie  informelle, de main-d’œuvre et de flux migratoires. Les marchés binational (Dajabón Ouanaminthe, Jimaní-Malpasse, etc.) ont longtemps fonctionné comme des soupapes de  survie pour des populations haïtiennes et de débouchés pour des opérateurs dominicains. 

L’arrivée de Viettel/Natcom s’inscrit dans la continuité de cette histoire. Elle ne crée pas  l’asymétrie ; elle est appelée à la moderniser et à la numériser. 

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