L’Union européenne a donné, mercredi 22 juillet, son aval sous conditions à l’acquisition par le conglomérat américain Paramount Skydance Corporation du studio hollywoodien Warner Bros Discovery. C’est une importante étape réglementaire pour cette opération. Cette acquisition est chiffrée à environ 110 milliards de dollars (environ 96 milliards d’euros).
Dans un communiqué, Bruxelles dit avoir « examiné l’incidence de l’opération sur les marchés nationaux et l’Espace économique européen (EEE) » et constaté, sur plusieurs plans dont la production cinématographique, que ce rachat ne poserait pas de problème de concurrence, les acteurs restants étant assez nombreux sur le Vieux Continent.
En revanche, en ce qui concerne la distribution cinématographique, « la Commission a constaté qu’à la suite de l’opération il y aura une forte concentration et une transparence accrue dans les pays de l’EEE où Paramount dispose d’un partenariat structurel avec Universal, en raison de l’ajout du catalogue de films de Warner ».
Pour répondre à ce problème, dit Bruxelles, le groupe Paramount a proposé de se retirer de la coentreprise de distribution basée à Londres, United International Pictures (UIP), qu’il possède avec Universal Pictures, et ce « dans un délai de treize mois à compter de la clôture de l’opération ».
En donnant à UIP la main sur les œuvres produites par Warner, en plus de celles de Paramount et d’Universal, le rachat « aurait conduit à des conditions de distribution et de location dégradées pour les opérateurs de cinéma, au détriment des consommateurs », a expliqué la Commission européenne.
Une étape-clé
Par ailleurs, pendant dix ans, Paramount ne pourra conclure « aucun accord ni entente avec Universal en vue de la codistribution de films dans l’EEE ». Enfin, le groupe ne pourra pas transférer la distribution des films de Warner, du distributeur existant de Warner au distributeur en salles utilisé par Paramount, « lorsque ce distributeur distribue également les films d’Universal ou de Disney » dans les pays de l’EEE, et inversement.
« Ces engagements remédient pleinement aux problèmes de concurrence recensés par la Commission en garantissant que les films de l’entité issue de la concentration ne seront pas distribués conjointement avec ceux d’Universal ou de Disney », conclut la Commission européenne.
Cette autorisation est une étape-clé pour cette transaction qui doit donner naissance à un nouveau géant américain des médias. Le ministère de la justice américain a déjà donné son accord à ce rapprochement.
Balayant les craintes d’une large partie d’Hollywood, le gouvernement américain considère que l’opération devrait renforcer la concurrence dans le domaine du streaming, où le nouveau groupe pourra rivaliser plus efficacement avec les trois leaders du secteur que sont Netflix, Amazon et Disney +.
Des contestations aux Etats-Unis
Néanmoins, l’opération reste soumise à l’approbation du Royaume-Uni, qui pourrait s’avérer plus compliqué à obtenir : le gouvernement britannique, alors dirigé par Keir Starmer, avait annoncé à la fin de juin qu’il pourrait lancer une procédure d’autorisation plus lourde, pour s’assurer que la pluralité des médias soit préservée.
Et surtout, une douzaine d’Etats américains, emmenés par la Californie (où les studios d’Hollywood génèrent de nombreux emplois), contestent en justice cette prise de contrôle, estimant qu’elle pose un risque pour la libre concurrence et les consommateurs. Lundi, une juge fédérale d’Oakland (Californie), saisie en référé, a ordonné la suspension du rachat, le temps que l’affaire soit examinée sur le fond.
Si aucun des deux groupes ne dirige actuellement l’un des marchés sur lesquels il est présent, leur mariage concentrerait davantage le paysage des studios hollywoodiens et formerait également un portefeuille de plus de 200 millions d’abonnés à des services de vidéo en ligne.
Elle permettrait à la famille Ellison, propriétaire de Paramount Skydance Corporation et proche de Donald Trump, de contrôler deux chaînes d’information, CBS News et CNN, deux grands studios de cinéma, Paramount Pictures et Warner Bros, ainsi que deux plateformes de streaming, Paramount + et HBO Max.