Le syndrome de Massada, forteresse juchée sur un promontoire du désert de Judée, est de retour en Israël. De sa force dépendra le sort de Benyamin Nétanyahou aux élections législatives du 27 octobre. A la suite du traumatisme des massacres du 7 octobre 2023 perpétrés par le Hamas, le premier ministre israélien s’est gardé de rendre des comptes pour cette débâcle sécuritaire. Il joue son va-tout sur ce syndrome de la citadelle assiégée, Massada ayant été le tombeau d’un soulèvement juif dans l’Antiquité, et sur l’état de guerre permanent qu’il implique à la périphérie d’Israël.
Dans cette vision du Proche et du Moyen-Orient, Israël ne porte aucune responsabilité dans l’isolement sans précédent que son bellicisme a pourtant grandement contribué à installer. Les images du nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie occupée, appuyé sur une forme de terrorisme tacitement accepté par l’armée d’occupation, n’existent pas plus.
Des pays européens adoptent-ils de premières sanctions pour protester contre les violences imposées aux Palestiniens de Cisjordanie ? « L’Europe occidentale a autorisé l’immigration d’une minorité musulmane très active, qui soumet désormais les gouvernements à sa volonté », assurait le premier ministre israélien en décembre 2025. C’est plus commode.
Le 18 octobre, en présentant une stratégie de sécurité à vocation surtout électoraliste qui résume cet état d’esprit, Benyamin Nétanyahou a ajouté les Etats-Unis de l’après-Trump à la liste, en assurant que « d’ici à deux ans, un président extrêmement hostile à Israël pourrait arriver au pouvoir ». Le sionisme aveugle d’un Joe Biden appartient en effet au passé, et le soutien de l’actuel président des Etats-Unis, réitéré le 19 octobre, ne vaut que ce que vaut sa cote de popularité.
Cette analyse d’un éloignement possible des Etats-Unis est partagée dans certains cercles sécuritaires israéliens, mais elle repose, selon Laure Foucher, chercheuse au sein de la Fondation pour la recherche stratégique, sur la même « erreur de diagnostic » que celle qui a été commise avec les Européens. Comme le détaille la note qu’elle a publiée en octobre, la potentielle remise en cause de cette relation privilégiée n’est expliquée que par les dynamiques politiques internes américaines, et non par les choix de l’Etat hébreu. La faute des autres, toujours.
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