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Culture

La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage

Par Robert Berrouët-Oriol Linguiste-terminologue Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti Conseiller spécial, Conseil national d’administration du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) Konseye pèmanan, Asosyas

La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage
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7 septembre 2026
La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage 
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La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage 

  • by Rezo Nodwes
  • 7 septembre 2026
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du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) 
Konseye pèmanan, Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA)

Membre du Comité international de suivi du Dictionnaire des francophones

De nos jours, l’intellectuel haïtien aurait-il peur du débat d’idées ? Aurait-il choisi le fictif repos du guerrier ou la complaisante amnésie sélective pour se conformer aux ludiques rituels du baboukèt ?  Existe-t-il un « déficit épistémologique » dans le champ intellectuel haïtien autrefois habité par d’âpres débats d’idées ? À l’aune de l’intellection du refus de l’esprit analytique/critique dans le champ intellectuel haïtien, le présent article démontre que le silence contrit et faussement oecuménique de nombreux intellectuels face à l’insignifiance multifacette de l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) entre 2014 et 2026 n’est pas la traduction d’un simple échec institutionnel mais l’expression contemporaine d’un relatif « déficit épistémologique » qui génère l’aveuglement consenti et le nanisme de l’esprit critique face à l’absence de la politique linguistique de l’État conforme à la Constitution de 1987. En référence à la pensée analytique de Hanna Arendt (la « démission du jugement ») et de Pierre Bourdieu (la « reproduction et la conservation des idées générant le statu quo »), le présent article prend acte que de nombreux intellectuels haïtiens ont renoncé à exercer une vigilance critique envers les différents appareils d’État et envers une micro- institution –l’Akademi kreyòl ayisyen–, lourdement défaillante et dont l’insignifiance et l’échec multifacette sont de notoriété publique. Pareil renoncement à l’exercice de la vigilance critique peut sembler paradoxal en ce qui a trait au créole, que l’on brandit pourtant à tour de bras et au titre d’un incontournable passeport identitaire dans toutes les chapelles « nationalistes » et hors les murs des bavardes citadelles de l’identité haïtienne…

Tel qu’exposé dans les douze articles que nous avons publiés sur l’insignifiant bilan de l’Akademi kreyòl ayisyen de 2015 à 2026, l’AKA n’a mené aucune recherche de terrain sur le créole et n’a pas élaboré la moindre production scientifique traitant du créole sur les registres de la morphosyntaxe, de la grammaire, de la phonologie, de la sémantique, de la didactisation du créole et de la didactique de la langue maternelle créole. Également, nous avons démontré que l’AKA n’a élaboré aucun matériel pédagogique de référence pour l’enseignement du créole ou pour encadrer la production de manuels scolaires créoles. 

Pareil constat aurait dû susciter un débat public rigoureux et amplement documenté. Or il n’en est rien. Le silence persistant et complaisant de nombre d’intellectuels haïtiens, au pays comme en diaspora, face à l’insignifiance multifacette de l’Akademi kreyòl ayisyen révèle un ensilencement systémique où la sacralisation folklorique, mythifiante, totémique et muséifiée du créole génère l’aveuglement consenti et neutralise toute rigoureuse évaluation institutionnelle et objective. Ainsi, exposer l’insignifiance multifacette de l’AKA ne procède pas seulement d’un constat : cette insignifiance est le symptôme d’une crise profonde de l’esprit critique en Haïti qui fragilise la production intellectuelle, impacte l’aménagement linguistique et la dimension jurilinguistique de l’édification de l’État de droit. Sur le plan diachronique, le temps fort inaugural de cette crise remonte au climat de terreur instauré par la sanglante dictature de François Duvalier dès 1958 et par la diffusion pavlovienne des idées-phare de Papa Doc. La dictature de Papa Doc avait institué un endoctrinement idéologique massif de la population, entre autres à l’aide du discours mimétique religieux destiné à sacraliser François Duvalier et à structurer l’endoctrinement politique. NOTE – Titre des ouvrages de doctrine politique duvaliériste : « Catéchisme de la révolution », par Jean M. Fourcand, Imprimerie de l’État, 1964 ; « Quarante ans de doctrine – Dix ans de révolution – Bréviaire d’une révolution / Extraits des « Œuvres essentielles » du Docteur François Duvalier, Président à vie de la République d’Haïti » (Presses nationales d’Haïti, 1968).  

Cet endoctrinement massif a laissé des traces profondes et prégnantes dans un pays, Haïti, qui n’a toujours pas procédé à sa dé-duvaliérisation. Le corps d’idées duvaliéristes, archaïques et totalitaires, est encore actif dans la société haïtienne tout entière et on l’a vu s’exprimer ouvertement avec l’arrivée au pouvoir du cartel politico-mafieux du PHTK néo-duvaliériste de Michel Martelly et Laurent Lamothe. Gérard Aubourg, sociologue et économiste, nous livre de précieuses observations sur l’endoctrinement idéologique massif de la population de l’époque de Papa Doc. Dans son remarquable livre « Le fascisme mystique du docteur François Duvalier en Haïti », il circonscrit « une propagande de viol des foules », « une propagande menaçante et permanente », « une propagande assourdissante, lancinante et incessante », « Une propagande violente, brutale et mensongère », « une propagande de conditionnement et de culte de la personnalité » (pages 146 à 156).  

Il est utile de l’exprimer une fois de plus : le silence persistant et complaisant de nombre d’intellectuels haïtiens, au pays comme en diaspora, face à l’insignifiance multifacette de l’Akademi kreyòl ayisyen révèle un ensilencement systémique où la sacralisation folklorique, mythifiante, totémique et muséifiée du créole génère l’aveuglement consenti et neutralise toute rigoureuse évaluation institutionnelle et objective. Ce silence témoigne du recul de l’esprit analytique/critique dans un écosystème où il y a une vertigineuse inflation du discourir politique : le discourir tient lieu d’analyse sinon de réflexion analytique, et l’on se complaît à arpenter la surface des choses en un rituel bluffologique du faire-semblant et de l’éternel vire won

TABLEAU 1 — Synthèse des 12 articles-bilan publiés par Robert Berrouët-Oriol sur l’Akademi kreyòl ayisyen

TABLEAU 2 — Relevé comparatif des articles et axes critiques — Corpus des 12 articles de Robert Berrouët-Oriol (2015–2025)

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