Nouvelle provocation ou demande sérieuse ? Dans un message publié sur Truth Social lundi 10 août, Donald Trump a exigé de l’Iran qu’elle verse des compensations financières pour la mort des soldats et civils américains et iraniens tués ces dernières décennies.

“Aujourd’hui, j’exige des réparations de la part de l’Iran pour toutes les personnes qu’ils ont tuées et grièvement blessées par leurs bombes artisanales et les nombreux conflits qui ont fait leur triste réputation, sous le commandement initial du général Soleimani, y compris les familles des victimes de l’USS Cole et les milliers d’autres personnes tuées au combat”, a écrit le président américain sur sa messagerie.

“De plus, a-t-il ajouté, des indemnités devraient être versées aux familles des centaines de milliers de manifestants innocents tués par l’Iran au cours des cinquante dernières années, sans parler des 52 000 personnes tuées au cours des cinq derniers mois”.

Il a fait cela “en réponse aux demandes similaires formulées par les négociateurs iraniens”, contextualise The Guardian, qui y voit le “dernier signe que les négociations visant à mettre fin à la guerre et à rouvrir le détroit d’Ormuz sont dans l’impasse”. Le président américain, selon ses propres mots, assume en tout cas de jouer “une partie d’échecs”, qui finira par “se résoudre”, car “c’est toujours le cas”.

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“Plaisanterie”

Al-Jazeera se demande de son côté s’il s’agit d’une “plaisanterie de plus de la part du président Trump”, au milieu de négociations qui “comportent déjà suffisamment de problèmes”.

Dans un autre billet de live, le média qatari interroge Charles Kupchan, ancien conseiller spécial de Barack Obama, pour qui “ni les Iraniens ni l’administration Trump ne sont sérieux”. Mais ce qui compte ici, analyse-t-il, “c’est que Trump semble s’éloigner des menaces et des escalades pour adopter une posture plus patiente”.

Les Iraniens, de leurs côtés, “peuvent supporter plus de souffrance que Donald Trump à l’approche des élections de mi-mandat”, et ils en profitent, observe l’analyse. Il remarque par ailleurs que la nomination par Téhéran d’“extrémistes à des postes militaires de haut niveau”, pourrait rendre la conclusion d’un accord “plus difficile”.

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“Partisan de la ligne dure”

Il fait référence à l’annonce, dimanche soir, que Mohsen Rezaei, ancien dirigeant des Gardiens de la révolution et proche conseiller du guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, avait remplacé Mohammad Bagher Zolghadr à la tête des forces armées. Si “on ne sait pas encore clairement comment ces changements affecteront la position de Téhéran”, observe The Financial Times, il apparaît que Rezaei est, comme son prédécesseur − qui reste dans l’organigramme, au poste de conseiller −, un “partisan de la ligne dure”.

Le New York Times voit dans cette nomination “une consolidation supplémentaire du pouvoir par la vieille garde sécuritaire”. Selon Hamidreza Azizi, un expert en questions de sécurité iraniennes interrogé par le quotidien américain, il s’agit d’une part de ne “pas laisser la place à une nouvelle génération d’élites politiques” ; d’autre part de “contrebalancer l’influence de Mohammad Bagher Ghalibaf, qui dirige les négociations entre l’Iran et les États-Unis” et qui s’est montré plutôt conciliant. En somme, estime l’expert, cela “signifierait que l’aile la plus radicale du régime prend le dessus”.

Dans ce jeu d’échecs, l’Iran ne semble pas pressé de jouer son jeu”, juge pour sa part El País. Téhéran est en effet en pourparlers avec Bagdad pour laisser l’Irak exporter une partie de son pétrole par le détroit d’Ormuz. Le régime négocie en outre avec Oman un accord visant à établir une nouvelle route maritime vers le Golfe pour les navires commerciaux, et qui lui permettrait d’y exercer un certain contrôle. De quoi gagner du temps et jouer avec les nerfs du président américain.

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Implacable, le Washington Post affirme que “ce bourbier s’explique par de nombreux facteurs, mais (que) l’approche schizophrénique de Donald Trump y contribue largement”. Oscillant entre “conciliation et confrontation”, louant tour à tour les dirigeants iraniens comme des “personnes très rationnelles” et les dénonçant comme des “ordures”, il “sabote ses propres négociations”.