La photographe Angèle Etoundi Essamba corrige la focale occidentale
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La Camerounaise Angèle Etoundi Essamba, qui vit et travaille depuis quarante ans aux Pays-Bas, est l'une des grandes dames de la photographie artistique africaine. Précurseuse et photographe subtile, Angèle Etoundi Essamba expose ce weekend à la foire d'art contemporain africain Akaa, à Paris. L'une de ses photos, La Jeune fille à la boucle d'ambre, directement inspirée du peintre Vermeer, illustre d'ailleurs l'affiche de la foire.
« Mon premier appareil photo, je l'ai eu, c'était en classe de seconde », se souvient Angèle Etoundi Essamba. Les vocations naissent parfois d'un hasard ou d'un cadeau. « Ça a été une expérience totalement magique… », ajoute-t-elle. Mais finalement, cet appareil photo miraculeux n'a fait que révéler l'âme curieuse d'Angèle Etoundi Essamba. Elle raconte : « Enfant déjà, je crois que j'ai toujours été fascinée par les images, par l'humain, par les gens. J'ai toujours aimé regarder les gens, leurs gestuelles, leurs expressions, les émotions. »
Cet intérêt pour l'autre se cristallise aux Pays-Bas, où Angèle Essamba arrive à l'âge de vingt ans, après plusieurs années en France. Elle y apprend les techniques photographiques, l'art de saisir un visage et de figer les émotions sur la pellicule. Elle se fixe aussi un but quasi philosophique, rendre à la femme noire sa visibilité.
« Dans ce paysage visuel dans lequel je vivais, je ne retrouvais pas d'images de femme noire dans lesquelles je pouvais m'identifier, déplore-t-elle. Je voulais me reconnaître quand ces femmes étaient représentées ou quand les Noirs étaient représentés. En général, c'était des représentations stéréotypées, sexualisées, exotisées, réduites et enfermées à des rôles subalternes. Donc, il y avait une rage en moi. Et c'est devenu comme un besoin vraiment viscéral. »
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« On a des attentes projetées sur les artistes noirs »
Bien avant les combats afroféministes actuels, Angèle met en scène des visages noirs dans l'imaginaire occidental. Plus récemment, elle revisite le Siècle d'or hollandais, celui de Rembrandt. Son portrait de La Jeune fille à la perle d'ambre fait écho au célèbre portrait de La Jeune Fille à la perle signé Johannes Vermeer. « Je reprends le regard, ce regard vraiment, qui est unique, qui nous captive comme ça… qui est pénétrant mais impénétrable en même temps », précise-t-elle.
Au final, Angèle Etoundi Essamba revendique l'universalité de ses inspirations : « On a des attentes projetées sur les artistes noirs, à savoir qu'ils devraient se limiter à leur héritage local, culturel. Tant qu'on fait des masques, waouh, c'est super, ça ne questionne personne, ça n'ennuie personne, mais quand on fait ça (autre chose NDLR), on nous demande pourquoi on fait ça alors que c'est tout à fait normal. Pourquoi Picasso s'est inspiré des arts océaniens et des arts africains ? »
Une rétrospective de ses quarante ans de carrière est prévue en mars prochain aux Pays-Bas.
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