Nous attendions notre tour chez le dentiste et ce dernier avait déjà dix minutes de retard, quand ma fille a lancé à la cantonade : “Pourquoi est-ce qu’on ne s’en va pas ?” Je l’ai regardée avec des yeux étonnés. Cette intolérance aux retards d’autrui m’a paru des plus respectables. “Oui, on se casse”, aurais-je admis avec plaisir, surtout si ça n’avait pas été ma fille.
Mais nous étions là parce qu’elle gardait une molaire sous laquelle une autre poussait déjà. “Tu vois…”, ai-je commencé à dire, et je me suis arrêté : j’allais citer, peut-être un peu à mauvais escient, la formule de Gramsci sur les crises, et cette idée qu’elles consistent dans le fait que “l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître, [et que] pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés”.
“Soyons patients”
Helena se trouve dans une phase où elle ne laisse pas passer un seul mot inconnu sans demander ce qu’il signifie, et l’emploi d’“interrègne”, je l’avoue, m’a un peu effrayé. Au lieu de lui parler de Gramsci, j’ai conclu par quelque chose de bien plus lamentable : “Soyons patients.” J’ai ressenti cette phrase comme une trahison.
Être ponctuel est détestable. Je crois que c’est l’un de mes pires défauts. La ponctualité me pousse toujours à des pensées horribles, comme voulo
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Carmen, Laura, Julián, et le poison du ressentiment
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