Politico, CNN et MS NOW, dont les journalistes sont interdits d’accès à la Maison-Blanche depuis samedi, ont annoncé lundi “le dépôt d’une plainte au niveau fédéral” contre Donald Trump et trois de ses hauts conseillers, “visant à rétablir immédiatement l’accès de leurs reporters”, rapporte Politico.

Les trois médias qualifient leur “exclusion brutale” d’“attaque directe contre le premier amendement” de la Constitution américaine, qui garantit la liberté de la presse, ajoute le site.

“Ce matin, nous avons informé le gouvernement que nous allions déposer une plainte aujourd’hui pour protéger nos droits garantis par le premier amendement et défendre le principe selon lequel le gouvernement ne décide pas de ce que la presse rapporte ou publie”, ont expliqué les trois médias dans une déclaration commune.

“Sans préavis ni procédure, la Maison-Blanche a révoqué les accréditations de nos journalistes parce qu’elle contestait notre couverture de l’actualité. Si cette mesure n’est pas combattue, elle menace la liberté de la presse ainsi que le droit du public à un journalisme indépendant, libre de toute ingérence gouvernementale”, soutiennent-ils.

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Cette nouvelle épreuve de force entre la presse et le président américain a commencé vendredi, lorsque Donald Trump “a publié un message sur Truth Social annonçant son intention de révoquer les badges d’accès à la Maison-Blanche des journalistes de trois médias”, qu’il accuse de diffuser de “fausses informations”, rappelle Il Corriere della Sera.

“Samedi, il a mis sa menace à exécution : alors qu’ils tentaient d’entrer, les journalistes se sont vu retirer leurs badges, sans avertissement, par les services secrets”, raconte le titre italien.

La plainte a été déposée auprès du tribunal fédéral de Washington et confiée au juge Timothy Kelly, nommé par Donald Trump. C’est ce même juge qui avait été saisi en 2018 du cas de Jim Acosta, un journaliste de CNN qui s’était vu retirer son accréditation à la Maison-Blanche après un échange houleux avec le milliardaire. Le magistrat avait statué en faveur du journaliste et ordonné que la Maison-Blanche lui rende son badge.

Riposte

La coïncidence n’a pas échappé à Donald Trump, qui a semblé tenir pour acquis, lundi sur Truth Social, que le juge serait favorable aux plaignants et qu’il allait “prendre le procès” en première instance, observe The Guardian. Cela ne l’a pas découragé pour autant.

“Comme d’habitude, il ne fait pratiquement aucun doute que nous ferons appel, car les individus et les publications colportant des “Fake News”, qui n’écrivent que des choses négatives et mettent en danger la sécurité nationale en publiant des histoires fausses et diffamatoires fondées sur des “sources” inconnues, ne devraient pas avoir accès au Bureau le plus important au monde”, écrit le président américain, faisant référence au Bureau ovale.

Mais la riposte de la presse aux intimidations de Donald Trump va au-delà de la plainte déposée par Politico, MS NOW et CNN. Lundi, les poids lourds de la télévision américaine – ABC, CBS, Fox News et NBC – ont convenu de “suspendre leur couverture conjointe de Donald Trump”, en se retirant du pool télévisé présidentiel, “le petit groupe de journalistes qui le suivent partout” et mettent à disposition des autres médias les images présidentielles, aux États-Unis et dans le monde, rapporte La Vanguardia.

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En outre, “les photographes de grandes agences de presse et de médias – notamment The New York Times, Associated Press, AFP, Reuters, Getty et The Washington Post – ont également suspendu la publication de nouvelles images du président”, remarque Daily Beast.

Les conséquences de ce boycott inédit pour Donald Trump, qui “recherche désespérément l’attention” des médias qu’il aime tant critiquer, étaient visibles dès lundi, lors de l’inauguration d’un nouvel héliport à la Maison-Blanche, souligne The Atlantic.

“D’ordinaire, ses propos sont captés par les micros sur perche du pool, mais en leur absence aujourd’hui, il est resté inaudible. Il s’avère que la censure peut réduire n’importe qui au silence – même le censeur”, ironise le magazine.

Lancement de Trump TV

Le président s’est ensuite envolé pour New York, pour rejoindre l’Assemblée générale de l’ONU, et là encore, “aucune des grandes chaînes de télévision n’a voyagé avec lui à bord d’Air Force One, et aucune ne prévoyait d’assister [mardi] à ses entretiens avec ses homologues étrangers”, constate The New York Times.

“Si le différend n’est pas résolu, M. Trump rentrera à Washington pour y recevoir le dirigeant chinois Xi Jinping mercredi et jeudi, en l’absence des caméras des chaînes de télévision”, avertit le quotidien américain.

Dans une tentative apparente de répondre à la fronde des chaînes de télévision américaines, la Maison-Blanche a lancé lundi soir Trump TV sur YouTube, présentée comme un moyen de regarder “les plus grands moments de l’administration Trump en un seul endroit”, selon Newsweek.

“La première séquence diffusée en streaming montrait un discours prononcé par Trump au mont Rushmore il y a deux mois, le 3 juillet”, pour le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, précise le site d’information.