Est-il concevable, dans la relation avec l’Algérie, de « sortir de l’émotion » ? Cela paraît contre-intuitif, mais c’est un point de passage obligé pour définir une politique réaliste à l’égard de ce pays. On ne « banalisera » pas une relation marquée par l’histoire et par la densité des liens humains ; mais on peut s’efforcer de pratiquer, au moins du côté français (il n’est pas question de suggérer aux Algériens quelle devrait être leur attitude) une politique de « désensibilisation ».
En quoi consisterait-elle ? Sur la forme, il conviendrait d’éviter le ballet des visites ministérielles françaises à Alger, suivi immanquablement, au premier incident, par un gel spectaculaire des relations et des déclarations outrées de part et d’autre. La relation bilatérale gagnerait à être gérée à bas bruit ; et du point de vue français, notre main serait d’autant plus forte que nous cesserions de donner à Alger le bénéfice d’une dramatisation systématique.
Sur le fond, il est possible de réduire à la fois les attentes et surtout notre exposition aux moyens de pression dont disposent nos partenaires algériens : pour ne prendre qu’un exemple, si Alger croit devoir refuser d’accorder des visas à nos agents consulaires, réduisons d’autant notre présence consulaire en Algérie et par conséquent la délivrance des visas français aux Algériens qui veulent – en très grand nombre – se rendre en France ; et, bien entendu, limitons l’énorme présence consulaire algérienne en France, ce qui aurait pour effet de réduire l’influence d’Alger sur sa diaspora, parfois source d’ingérences, comme l’a montré l’affaire dite « des influenceurs ».
Comment, dans une telle approche, traiter de l’accord bilatéral de 1968 qui régit l’immigration algérienne légale dans notre pays ? On pouvait encore soutenir il y a quelques années que ce sujet était secondaire. Ce n’est plus possible aujourd’hui pour deux raisons objectives : d’une part, le régime propre à cet accord favorise l’immigration familiale algérienne (motif de 53 % des premiers titres de séjour décernés à des Algériens en 2025) plutôt qu’une immigration à caractère économique ; d’autre part, l’accord ayant une valeur juridique supérieure à la loi, il en résulte que les modifications régulières auxquelles notre Parlement procède ne s’appliquent pas à l’immigration algérienne – celle qui est précisément la plus nombreuse (plus de 961 000 personnes, soit 12 % du total des immigrés résidant en France). Sur un plan juridique, les conditions qui prévalaient en 1968 ne sont plus les mêmes aujourd’hui, ce qui à soi seul justifie une dénonciation de l’accord.
Il vous reste 57.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !