Une île, deux nations aux relations minées, et un ballon. Jeudi 1er octobre, la République dominicaine à reçu pour la première fois depuis 2013 son voisin de l’ouest, sur l’île d’Hispaniola : Haïti. Une rencontre dans le cadre de la Ligue des nations de la confédération nord-américaine de football (Concacaf) encadrée par un important dispositif policier, déployé autour et dans le stade de Saint-Domingue, car beaucoup craignaient des débordements en marge du match. Et au lendemain de la partie – remportée par Haïti (4-1) – la République dominicaine a annoncé interdire à la sélection voisine de jouer sur son territoire, en raison d’incidents survenus avant la rencontre.
Si la République dominicaine domine son voisin sur le plan économique, côté football, Haïti est bien plus puissant : le ballon rond y est plus populaire qu’à l’est de l’île, où le baseball a les faveurs des Dominicains. A l’été 2026, les Grenadiers – le surnom de l’équipe haïtienne, en référence à l’histoire révolutionnaire du pays – ont disputé la deuxième Coupe du monde de leur histoire (après le Mondial 1974) ; et leur victoire sans appel, jeudi, a une nouvelle fois illustré leur domination.
« Le ministère des sports interdit totalement que la sélection haïtienne de football joue dans les installations sportives dominicaines », a déclaré le ministre, Kelvin Cruz, vendredi. La veille, des supporteurs haïtiens ont tenté de forcer l’entrée de l’enceinte alors que les 25 000 places de l’enceinte avaient été vendues – en grande majorité à des fans haïtiens, immigrés ou ayant traversé la frontière pour la rencontre. « Ce que nous avons vu [jeudi] à l’une des portes d’entrée du stade Félix-Sánchez, une installation sportive qui a coûté des millions et des millions de pesos [un million équivaut à 15 000 euros] à l’État dominicain, est inacceptable », a-t-il martelé, insistant que son pays ne « tolérait pas l’indiscipline et le manque de respect ».
Une célébration peu appréciée
Sur le terrain, le « derby d’Hispaniola » s’est déroulé dans le calme, sans autre incident que cette tentative d’intrusion avant le coup d’envoi – dont la dispersion s’est passée sans heurts, selon un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. Mais vendredi, l’épisode et les propos de joueurs haïtiens ont provoqué des critiques au sein de la population dominicaine. Nombre d’entre eux n’ont guère apprécié la célébration de l’attaquant haïtien, Wilson Isidor, qui s’est écrié « Hispaniola, c’est Haïti ! Ici, c’est Haïti ! » après avoir inscrit l’un de ses deux buts du match.
« Les mots qu’il a prononcés n’étaient pas appropriés, compte tenu de la situation [politique] que connaissent les deux pays », a protesté le président de la Fédération dominicaine de football (Fedofútbol), José Deschamps, auprès de l’AFP. Le dirigeant a assuré envisager de saisir les instances internationales du football « le moment venu ». Selon le réglement, instaurées par l’Instance régulatrice des lois du jeu (IFAB), un buteur doit être sanctionné – par un carton jaune – s’il « agit de façon provocatrice, moqueuse ou offensante » lors de sa célébration.
La question est plus que sensible en République dominicaine, où le président, Luis Abinader, a fait de la lutte contre l’immigration haïtienne l’un de ses chevaux de bataille. Alors que les immigrés venus de l’ouest de l’île sont souvent accusés d’être à l’origine de la criminalité dans le pays, le dirigeant a notamment fait ériger un mur le long de la frontière entre les deux pays. Rafles, contrôles et expulsions – plus de 265 000 Haïtiens ont été renvoyés entre janvier et août 2026, selon les chiffres officiels –, le chef d’Etat réélu en 2024 mène une politique de chasse aux clandestins, critiquée par des ONG mais qui lui vaut une grande popularité.
La « décision ferme du ministère des sports » dominicain n’est pas sans conséquences pour les Grenadiers. Car depuis 2021, l’équipe nationale haïtienne, sans stade respectant les normes internationales, n’évolue plus dans son pays, miné par une guerre des gangs brutale et une instabilité politique chronique. Après avoir disputé ses derniers matchs de qualification pour la Coupe du monde sur l’île de Curaçao, la formation dirigée depuis août par l’Espagnol David Badia a « reçu » Trinitad-et-Tobago et le Costa-Rica en Jamaïque, lors de cette trêve internationale. Par le passé, les Grenadiers avaient également effectué des stages de préparation en... République dominicaine.