Pour faire face au prix du bœuf qui ne cesse d’augmenter aux États-Unis, le président américain a eu une nouvelle idée de génie : assouplir les droits de douane sur les importations de viande bovine. Au-delà du fait qu’elle fait des mécontents jusque dans ses propres rangs, “cette mesure ne tient aucun compte de l’un des principaux facteurs de [cette] hausse des prix : le changement climatique, assure Green Queen, un média spécialisé dans l’innovation et la décarbonation du système alimentaire. La production de viande de bœuf étant l’une des filières agroalimentaires qui aggrave le plus l’urgence climatique, le secteur est en grande partie responsable de la crise qu’il traverse.”
Les éructations des vaches sont bien connues pour leur contribution aux émissions de gaz à effet de serre responsables du dérèglement climatique. Mais l’élevage de ces animaux, dont la demande s’est accrue à travers le monde au fil des décennies, s’accompagne d’un autre fléau : la déforestation.
Une étude parue en février montre que de 2001 à 2022, les coupes de bois liées à l’extension des pâturages (principalement pour la production de viande bovine) représentent environ 42 % de la déforestation à l’échelle mondiale. Au total, plus de 460 millions d’hectares de forêts – soit un peu plus que la superficie de toute l’Union européenne (420 millions d’hectares) – ont été défrichés depuis 1990, d’après le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Or, les arbres sont essentiels à la régulation du climat. Ils constituent le deuxième puits de carbone naturel après les océans, absorbant au total près de 7,14 milliards de tonnes de CO2 chaque année, soit davantage que ce que les États-Unis émettent. “[Les forêts] jouent également un rôle crucial dans la régulation des précipitations et la lutte contre la faim, puisqu’elles constituent une source indispensable de revenus pour près d’un tiers de la population mondiale”, fait savoir The Guardian.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Bien sûr, tout n’est pas sombre et il y a eu quelques progrès notables : la déforestation a ralenti au Brésil ; de plus en plus de nations se dotent de plans de reboisement massif et de programmes de restauration des forêts dégradées. Mais le rapport de la FAO souligne que ces mesures n’ont pas été aussi rapides que les engagements.
Et encore, il faut planter correctement, choisir les bonnes essences adaptées aux bons endroits, fait remarquer la géographe Joy Kehinde Adebisi dans The Conversation. Ce n’est pas tout. Une étude récente révèle que mettre fin à l’exploitation forestière (et aux incendies) serait plus bénéfique et moins onéreux que de tenter de remplacer ce qui a été détruit. “Il est sans doute plus simple, politiquement parlant, de reboiser des pâturages abandonnés que d’ordonner aux grosses entreprises et à ceux qui spéculent sur les terrains de laisser les forêts tranquilles, ou de mettre en place de nouveaux programmes de lutte contre les incendies. Mais c’est une stratégie périlleuse d’un point de vue économique et environnemental”, analyse Anthropocene.
Pour Joice Ferreira, chercheuse au Brésil et coautrice de l’étude, “investir dans de nouvelles forêts n’a pas grand intérêt si nous ne parvenons pas à protéger les arbres existants par ailleurs. C’est un puits sans fond.”
En bref
Rare consensus sur l’élévation du niveau des mers
Les Nations unies ont adopté la première déclaration sur l’élévation du niveau des mers. L’accord, accepté par l’ensemble des pays membres de l’ONU le 24 septembre, y compris par les États-Unis, stipule que la montée des eaux ne modifiera pas les frontières des États menacés de submersion. Selon le document de quatre pages, “les pays pourront conserver leur souveraineté politique même si leur territoire venait à disparaître”, explique The Christian Science Monitor. C’est une rare “victoire pour le multilatéralisme et un consensus d’autant plus remarquable que le texte mentionne clairement le changement climatique”, constate Grist. Pour en savoir plus, c’est ici.
“Les courants océaniques ne tournent plus rond”
La circulation méridienne de retournement de l’Atlantique (Amoc, pour son acronyme anglais) semble s’essouffler. Si ce puissant courant venait à s’arrêter, l’Europe “subirait des hivers terriblement rigoureux, comparables à ceux d’une ère glaciaire, et des sécheresses prolongées tout au long de l’année”, décrit New Scientist. Un organisme scientifique est en train de “mettre en place un système d’alerte précoce” afin “d’actualiser les prévisions en temps quasi réel”, en estimant les apports d’eau douce dans l’océan générés par la fonte des glaces du Groenland. Pour en savoir plus, c’est ici.
Des tortues marines pondent en Californie
Le 16 septembre, une tortue olivâtre (Lepidochelys olivacea) a pondu sur une plage d’Orange County, raconte SFGate. Une autre femelle a fait de même quelques jours après sur une autre plage californienne. “Il s’agit de la première nidification naturelle de tortue marine, toutes espèces confondues, jamais constatée sur la côte ouest des États-Unis”, a commenté l’Agence d’observation océanique et atmosphérique (NOAA). Encore un signe du réchauffement des océans. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition n° 155 de Climatiques.
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