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Lavalas, Macoutes, Poutchis, Tèt Kale : sept décennies d’un pays pris en otage par la violence politique et les crimes économiques

par Daniel Alouidor Dans l’histoire, on a pu répertorier des pays qui s’effondrent en une nuit, sous le poids d’une guerre ou d’une catastrophe. Haïti, elle, s’est effondrée à petit feu, décennie après décennie, sous les coups répétés d’hommes qui portaient tour à tour l’uni

Lavalas, Macoutes, Poutchis, Tèt Kale : sept décennies d’un pays pris en otage par la violence politique et les crimes économiques
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20 juillet 2026
Lavalas, Macoutes, Poutchis, Tèt Kale : sept décennies d’un pays pris en otage par la violence politique et les crimes économiques
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Lavalas, Macoutes, Poutchis, Tèt Kale : sept décennies d’un pays pris en otage par la violence politique et les crimes économiques

  • by Rezo Nodwes
  • 20 juillet 2026
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par Daniel Alouidor

Dans l’histoire, on a pu répertorier des pays qui s’effondrent en une nuit, sous le poids d’une guerre ou d’une catastrophe. Haïti, elle, s’est effondrée à petit feu, décennie après décennie, sous les coups répétés d’hommes qui portaient tour à tour l’uniforme, la soutane politique du populisme ou le costume-cravate du « renouveau économique ».

Depuis l’élection contestée de 1957, qui a porté François Duvalier au pouvoir, jusqu’aux gangs fédérés d’aujourd’hui qui contrôlent la capitale, une même logique s’est perpétuée sous des habits différents : capturer l’État, armer une milice ou une clientèle pour se maintenir, et transformer les richesses publiques en fortune privée. Le résultat est sous nos yeux : un État en faillite, une capitale aux mains de bandes armées, une diaspora de plusieurs millions de personnes et une population qui n’a, pour ainsi dire, jamais connu de gouvernance stable.

L’histoire commence par un coup de force contre la démocratie elle-même. À peine élu, François Duvalier s’appuie sur Clément Barbot pour bâtir, dès 1958-1959, une milice parallèle à l’armée : les Volontaires de la Sécurité Nationale, rapidement surnommés les Tontons Macoutes. Cette milice, forte à son apogée de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, n’a jamais été un simple corps de sécurité : elle a servi d’instrument de terreur de masse, chargée d’éliminer physiquement les opposants réels ou supposés, de racketter les commerçants et paysans, et de garantir la loyauté par la peur plutôt que par le droit.

Les estimations des historiens sur le nombre de victimes de la dictature duvaliériste (exécutions sommaires, disparitions, exils forcés) varient entre 20 000 et 60 000 morts selon les sources, un flou macabre qui en dit long sur l’absence totale de reddition de comptes. Duvalier fait proclamer sa présidence à vie en 1964 dans un simulacre de référendum, verrouillant le pays pour près de quinze ans.

À la mort de son père, Jean-Claude Duvalier hérite du pouvoir à dix-neuf ans et poursuit le système, en y ajoutant une dimension prédatrice assumée : détournement systématique de l’aide internationale, mainmise de la famille présidentielle et de son entourage sur des pans entiers de l’économie (import-export, jeux de hasard, contrats publics), pendant que le pays reste l’un des plus pauvres de l’hémisphère.

Sa fuite précipitée vers la France en février 1986, sous la pression populaire, met fin à 29 ans de règne Duvalier, mais pas au système qu’il a laissé en héritage : une armée politisée, des Macoutes reconvertis en hommes de main disponibles, et une culture de l’impunité totale.

La chute des Duvalier n’ouvre pas la voie à la démocratie mais à une valse de juntes militaires (Namphy, puis Avril ) ponctuée de massacres électoraux. Le plus emblématique reste le massacre de la Ruelle Vaillant, le 29 novembre 1987 : des hommes armés, d’anciens Macoutes agissant avec la complicité tacite des militaires, ouvrent le feu sur des électeurs faisant la queue devant les bureaux de vote, forçant l’annulation du scrutin. Ce jour-là, le message est limpide : l’armée et ses supplétifs se réservent un droit de veto sur toute alternance démocratique.

Jean-Bertrand Aristide, prêtre des quartiers populaires porté par un immense espoir démocratique, remporte l’élection de décembre 1990 avec plus de deux tiers des voix. Il est renversé huit mois plus tard, en septembre 1991, par un coup d’État militaire dirigé par le général Raoul Cédras.

S’ensuivent trois années de dictature militaire durant lesquelles le régime s’appuie sur une organisation paramilitaire, le Front pour l’avancement et le progrès haïtien (FRAPH), fondée et dirigée par Emmanuel « Toto » Constant. Le FRAPH mène une campagne systématique d’assassinats, de viols utilisés comme arme politique et de mutilations contre les partisans présumés d’Aristide, avec plusieurs milliers de morts documentés par les organisations de défense des droits humains. Ce n’est qu’après une intervention militaire américaine, en 1994, qu’Aristide retrouve son fauteuil présidentiel, pour dix-sept mois seulement, avant la fin de son mandat.

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