Face aux craintes et aux nombreuses critiques soulevées depuis l’annonce du rachat du studio Warner Bros Discovery, le patron de Paramount Skydance, David Ellison, a défendu, mardi 4 août, la gigantesque acquisition de son concurrent, estimant que les oppositions à l’opération étaient d’ordre politique.
Outre les studios de cinéma et les services de streaming, cette fusion mettra sous le même toit deux des principales chaînes d’information dans le pays, CBS News et CNN. Cette dernière est une cible récurrente des attaques de Donald Trump.
« La vraie question est si on peut me faire confiance en tant que dirigeant de CNN. Des spéculations ont circulé sur mes vues politiques, mes loyautés et mes intentions », a-t-il regretté, dans une tribune publiée dans le New York Times. « L’opération a été approuvée par les régulateurs de 65 pays, dont les Etats-Unis et la Chine, de même que par l’Union européenne », a rappelé M. Ellison.
Levée de boucliers
Cette acquisition a malgré tout suscité une levée de boucliers qui a pris une tournure judiciaire. Le ministère de la justice américain avait donné son feu vert à l’opération le 12 juin, sans exiger la moindre modification. Mais une douzaine d’Etats américains ont ainsi déposé un recours en justice pour stopper le rachat – estimé à 111 milliards de dollars (96 milliards d’euros environ) – considérant qu’il aurait un impact sur la concurrence à Hollywood en mariant deux des cinq plus grands distributeurs de films.
Une juge de Californie a ordonné, le 20 juillet dernier, la suspension de l’opération, le temps d’examiner l’affaire sur le fond, et les deux groupes ont accepté de repousser leur fusion à juin 2027. Mardi, la juge a précisé que le procès se tiendrait le 2 mars 2027, sur douze jours.
Le syndicat des scénaristes a de son côté lancé des poursuites, craignant là encore une moindre concurrence et des conséquences négatives pour la profession.
Selon M. Ellison, l’argument de domination du marché ne tient pas : le futur groupe représenterait moins de 20 % du temps que les Américains consacrent à la télévision et au streaming, et environ 13 % si l’on y ajoute YouTube, compte tenu de la concurrence offerte par Disney +, Netflix, Apple TV ou Prime Video (Amazon). « Ce ne sont pas les chiffres d’une entreprise capable de dicter ce que le public regarde ni combien les scénaristes sont payés », a appuyé David Ellison.
Ce dernier est le fils de Larry Ellison, le patron du groupe technologique Oracle, considéré comme un soutien et proche du président américain, Donald Trump. Larry Ellison est le principal actionnaire de Paramount Skydance via le trust familial.
Le précédent CBS News
S’il a assuré dans sa tribune défendre « l’indépendance » des rédactions tant de CBS News que de CNN, David Ellison a également estimé que les chaînes devaient « faire mieux ».
« Il y a beaucoup de terrain à récupérer », a-t-il insisté, citant de récents sondages montrant que la confiance des Américains dans les médias (28 %) était « au niveau le plus bas jamais enregistré ».
Les détracteurs du jeune patron de 43 ans s’appuient sur le bilan de sa prise de contrôle de CBS News, opérée à l’été 2025. Quelques semaines avant la finalisation de ce rachat, Paramount avait accepté de verser 16 millions de dollars à Donald Trump pour solder une plainte concernant un entretien de l’émission phare « 60 Minutes » avec la candidate démocrate à la présidentielle Kamala Harris.
Le nouveau propriétaire a ensuite confié la direction de l’information à Bari Weiss, éditorialiste connue pour ses critiques de la gauche américaine, dont il a racheté le site The Free Press. Des journalistes de CBS News ont depuis quitté la chaîne ou signé une pétition adressée à M. Ellison, lui demandant de garantir leur indépendance éditoriale.