La lumière s’éteint, et un temps j’oublie que je suis devant un écran. Un toit de Tel-Aviv envahit la surface projetée, c’est la nuit, tout est noir et gris. La caméra descend le long de l’immeuble d’en face. À travers les fenêtres, des gens sont eux aussi devant des écrans – à deux, serrés l’un contre l’autre, plateau télé devant le JT. Ils semblent tout entiers absorbés dans leur monde. Et qu’y a-t-il de mal à ça ?

À les regarder, je n’arrive plus à m’ôter ça de la tête : voilà, c’est ça, être en sécurité. Une soirée continue, sans interruption, sans un engin militaire au-dessus de vos têtes, sans le bourdonnement incessant des drones.

Et pendant ce temps, sur le toit de l’immeuble, des hommes et des femmes discutent tranquillement du nombre de morts qu’ils font chez nous [dans la bande de Gaza]. Ce sont des militaires [israéliens], des agents du renseignement pour la plupart, qui ont participé à la destruction de Gaza par Israël [depuis le 7 octobre 2023] ; leurs témoignages sont au cœur de Naza. Le documentaire doit son titre à un terme du jargon militaire israélien, un acronyme qui en hébreu signifie “dommages collatéraux” – en l’occurrence le nombre attendu de morts à la suite d’une frappe.

“Le moment qui précède la violence”

Naza ne montre pas ces violences [sauf dans une