Il est environ 15 heures, ce samedi après-midi de mai. Les vendeurs à la sauvette et les commerçants du marché de Saint-Ouen commencent à plier bagage, tandis que flotte dans les ruelles une odeur d’agneau rôti. En terrasse se côtoient des gens ici depuis toujours et d’autres arrivés plus tard : des ouvriers à la retraite, des immigrés de troisième génération et des jeunes à l’allure bobo, en vêtements de marque devant une bière IPA.

Saint-Ouen est la première frontière entre un Paris haussmannien devenu inaccessible pour les foyers modestes et sa banlieue, tristement célèbre pour les émeutes de jeunes de quartier, les actes de terrorisme djihadiste et les tours de béton. Mais cette ville, qui a bénéficié des investissements massifs consentis pour les derniers Jeux olympiques, est à la fois le symbole de la gentrification du Grand Paris et le berceau du club le plus ancien et le plus charismatique de France : le Red Star.

Nous sommes à peine à dix kilomètres au nord du Parc des Princes (l’enceinte du PSG), sur un rectangle vert encastré entre des bureaux modernes aux façades vitrées et un grand complexe de logements sociaux, dont les fenêtres offrent une vue imprenable aux habitants les jours de match. Un emplacement plus que symbolique pour ce temple du football qui accueille d