Depuis de longues années, quatre groupes dominent le secteur de la bière au Japon : Asahi, Sapporo, Kirin et Suntory détiendraient plus de 90 % du marché. Profondément ancrée, cette structure leur permettait de développer leurs activités sans se soucier de concurrents extérieurs. Or cet automne, l’industrie entière est secouée par une enquête de la Commission du commerce équitable, structure chargée de réglementer la concurrence au Japon. Mercredi 7 octobre, celle-ci a perquisitionné ces quatre entreprises, soupçonnées de violation de la loi antimonopole.

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Plus concrètement, les quatre groupes pourraient avoir formé un cartel en se concertant sur la hausse des prix de gros de leurs boissons, et les périodes auxquelles ils intervenaient pour ces opérations, détaille la chaîne publique NHK. “D’après les informations de nos sources, des cadres de ces quatre brasseurs menaient des négociations entre eux sur ces points dans le cadre des réunions informelles qu’ils tenaient après celles de l’Association des brasseurs du Japon”, qui regroupe les entreprises du secteur, explique la chaîne. La Commission du commerce équitable envisage de porter plainte au pénal, précise la NHK.

Une “coutume” ancienne ?

Devant les enquêteurs, plusieurs responsables au sein de ces géants de la bière auraient reconnu qu’ils manipulaient les prix, rapporte de son côté le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun.

Quand certaines entreprises détiennent la majeure partie d’un marché, “elles tombent souvent dans une relation de codépendance entre elles, en fixant les prix et les productions de leurs produits en fonction de leurs concurrents”, ajoute le titre. Déjà, en 1992, la commission épinglait certaines pratiques du milieu : “Quand une marque revoit ses prix à la hausse, les autres sociétés font de même quasi immédiatement”, indiquait-elle dans un rapport de l’époque, cité par le quotidien. Une source au sein de la commission reconnaît : “Nous soupçonnons que ce genre de cartel soit une coutume qui existe depuis des années dans le secteur.”

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Alors que l’inflation réduit le pouvoir d’achat des Japonais chaque jour un peu plus, la commission est particulièrement attentive à la question des cartels. Ainsi, elle a mené des inspections aux sièges de six entreprises de crèmes glacées, en juin.

La bière est l’une des boissons alcooliques les plus prisées dans l’archipel, avec un marché représentant 1 600 milliards de yens (9 milliards d’euros). Si les soupçons de cartel venaient à se confirmer, ce serait une “trahison gravissime à l’égard des consommateurs”, a fustigé de son côté le quotidien Yomiuri Shimbun dans un éditorial.