Emmanuel Macron redoutait un retour des “gilets jaunes”, sur fond de hausse des prix du carburant et de crise budgétaire française. Erreur. C’est ailleurs que l’incendie social est peut-être en train de démarrer : dans les cours des lycées du pays, en particulier dans les grandes métropoles.

Lundi 28 septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a tiré le signal d’alarme. Près de 180 lycées ont fait l’objet de blocages ou de tentatives de blocage depuis le début du mouvement. Tirs de mortiers, violence contre des enseignants, rassemblements interdits, grilles démontées, affrontements avec la police… Les tensions sont rapidement montées.

Motif : les lycéens en colère déplorent souvent l’état de leurs établissements, mais aussi le labyrinthe qu’est Parcoursup, le programme d’admission dans l’enseignement supérieur. La principale région touchée est l’Île-de-France et le gouvernement y voit la main de la gauche radicale, à savoir celle du parti La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

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Va-t-on vers un mouvement de blocage des lycées similaire à ce que la France a connu à plusieurs reprises lors des périodes de fortes tensions sociales ? Ce fut le cas, pour rappel, en 1967-1968 avec les “comités d’action lycéens”, contre la guerre au Vietnam, et les “lycées-casernes”, tandis que la révolte de Mai 68 mettait le feu aux campus universitaires avec les slogans “Il est interdit d’interdire” ou “CRS = SS”.

Bis repetita en 1971-1973, lors de la mobilisation contre une loi qui limitait les possibilités de déroger au service militaire, alors obligatoire. Idem en 1986, lors du mouvement étudiant qui coûta la vie au jeune Malik Oussekine à Paris, après une intervention de policiers motocyclistes.

Accusations de manipulation

Des “gilets jaunes” ou des jeunes colériques ? Le plus frappant, cette fois, est la nature des revendications. Lors des derniers moments de grabuge dans les lycées en France, en 1998 ou 2005, l’agenda portait avant tout sur les conditions d’insertion sur le marché du travail. Cette fois, ce sont les conditions d’études qui sont dénoncées. Le mouvement est parti autour du lycée Saint-Exupéry de Créteil, avant de gagner rapidement le Val-de-Marne puis les autres départements de la région parisienne.

Et lundi, la province s’est mise à l’unisson : les académies de Grenoble et Nice ont été particulièrement concernées. Idem à Marseille, Lille, Sedan, dans l’agglomération lyonnaise et à Niort. Principaux thèmes de revendication : classes surchargées, professeurs absents non remplacés, emplois du temps chargés, locaux dégradés ou mal adaptés et pression scolaire. À Lille, des élèves évoquent également le prix de la cantine, les conditions de l’internat et le manque de personnel.

La peur du gouvernement tient à la coïncidence possible de deux mouvements sociaux : celui des lycéens et l’appel à la grève des fonctionnaires ce mardi 29 septembre, qui devrait voir beaucoup d’enseignants rester chez eux. Selon l’AFP, les principaux syndicats [annonçaient] plus de 170 manifestations de la fonction publique à travers tout le pays. L’idée : réclamer une revalorisation des salaires et des “moyens budgétaires à la hauteur” des missions des services publics – à deux jours de la présentation du projet de budget pour 2027.

L’ironie est toutefois que la responsabilité de l’état des établissements ne dépend pas directement du ministère de l’Éducation nationale, dont le budget annuel était de 63 milliards d’euros en 2025, mais des régions, qui sont en charge des bâtiments des lycées.

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En Île-de-France, par exemple, 1,7 milliard d’euros a été consacré en 2025 aux lycées. D’où l’accusation de manipulation politique de la part de La France insoumise, le parti de gauche radicale qui réalise des scores particulièrement élevés chez les jeunes électeurs français. Selon l’Enquête électorale française Ipsos BVA publiée en septembre, Jean-Luc Mélenchon recueille jusqu’à 41 % des intentions de vote chez les moins de 25 ans dans l’un des scénarios testés, contre 15,5 % à 17 % dans l’ensemble de l’électorat.

Le leader de LFI, déjà candidat à trois reprises à la présidence de la République, ne cache pas son désir de mettre le pays sous pression sociale. “Pas touche à nos jeunes. Élus et militants insoumis, interposez-vous partout où vous le pouvez”, a-t-il posté sur le réseau X, affirmant que “les lycéens en mouvement sont inoffensifs” et accusant le gouvernement Lecornu d’avoir “ordonné la répression”.