Avant leur extinction, les mammouths laineux constituaient une ressource importante pour les chasseurs de l’ère glaciaire”, raconte le Smithsonian Magazine. “Ces animaux fournissaient viande et graisse pour se nourrir, peaux épaisses pour les vêtements et les abris, ainsi que de l’ivoire pour l’art et les ornements”.

Une étude suédoise révèle aujourd’hui qu’à l’heure de s’attaquer à ces mastodontes, “nos ancêtres ciblaient principalement les mammouths femelles”, ajoute le journal.

Cette découverte résulte de l’analyse génétique de 521 mammouths laineux retrouvés à travers l’Eurasie et l’Amérique du Nord. Dans cet échantillon, les chercheurs du Centre de paléogénétique de Stockholm ont comparé le genre des mammouths isolés retrouvés dans des milieux naturels dispersés, et les ossements accumulés dans des sites liés à l’activité humaine.

Selon les résultats, publiés cette semaine dans la revue Current Biology, les spécimens isolés étaient majoritairement des mâles (66 %), tandis que les mammouths provenant de sites liés aux humains – et donc chassés – étaient majoritairement des femelles (70 %).

Itinéraires saisonniers

“S’il est tentant de supposer que les chasseurs ciblaient les femelles parce qu’elles étaient plus petites que les mâles adultes, la réalité était peut-être plus complexe”, observe la chercheuse Hannah Moots, autrice principale de l’étude.

Son équipe estime ainsi que “les troupeaux, menés par des femelles, empruntaient probablement des itinéraires saisonniers prévisibles, ce qui les rendait plus faciles à localiser que les mâles solitaires”, résume Vice.

De nos jours, les troupeaux d’éléphants, composés de femelles et d’éléphanteaux, “se déplacent de manière très prévisible, en suivant des itinéraires saisonniers, alors que les mâles se déplacent de façon plus aléatoire”, explique Hannah Moots. “Si cela vaut aussi pour les mammouths, alors ces sites [humains] de l’ère glaciaire pourraient avoir été établis le long de leurs voies de migration”.

“Si le mammouth revêt une importance capitale pour vous – et c’était le cas –, vous chercherez peut-être à vous installer là où vous êtes certain de voir passer les troupeaux”.

Les résultats éclairent aussi d’un jour nouveau les facultés de nos ancêtres, suggérant que “la chasse au mammouth était bien plus organisée et réfléchie qu’on ne le pensait auparavant”, ajoute Vice. “Les chercheurs estiment que les chasseurs suivaient les migrations, coordonnaient des plans d’embuscade complexes et allaient peut-être même jusqu’à guider les troupeaux vers des pièges”.

Cerise sur le gâteau, les chercheurs ont fait une découverte inattendue en marge de leur étude : ils ont “identifié un mammouth de l’île Wrangel, en Russie, qui n’était biologiquement ni mâle ni femelle”, rapporte le Daily Telegraph.

Mutations génétiques

“Il présentait une combinaison de chromosomes sexuels appelée mosaïcisme X0/XX, caractérisée par la présence d’un seul chromosome X dans certaines cellules et de deux dans d’autres”, explique le quotidien britannique. “Chez l’humain, cette combinaison est connue sous le nom de syndrome de Turner”.

C’est la toute première fois qu’une telle combinaison de chromosomes sexuels est documentée chez une espèce éteinte. Elle a en revanche été observée “chez des animaux domestiques modernes, mais pas encore chez les éléphants”, relève le New Scientist.

“J’étais stupéfaite”, déclare au magazine Julia Gresky, de l’Institut archéologique allemand de Berlin, qui n’a pas participé à l’étude. “Mais évidemment, nous sommes tous des mammifères. Alors pourquoi ne connaîtraient-ils pas, eux aussi, des mutations génétiques ? ”.