“Nique la guerre !” peut-on lire sur le pilier d’un pont devant lequel la caméra se déplace lentement. L’un des deux mots est frappé d’interdit, si bien qu’il est raturé plusieurs fois, même s’il reste parfaitement lisible. Il s’agit du mot “guerre” [interdit en Russie quand il s’agit d’évoquer l’offensive contre l’Ukraine]. C’est peut-être ici qu’on entend le plus clairement la voix de l’auteur, Andreï Zviaguintsev, revenu cette année au grand cinéma – et au Festival de Cannes – après une absence de neuf ans.

Dire que Minotaure est un film antiguerre relèverait de l’euphémisme. Ce n’est cependant pas un tract ni un manifeste, mais bien une œuvre de fiction complexe. Sans nul doute, la guerre – autant le fléau éternel que l’“opération militaire spéciale” de la Russie contre l’Ukraine – y est présentée comme un mal proche de l’absolu. Mais le propos de ce long-métrage, comme celui des trois précédents du cinéaste – Elena, Léviathan et Faute d’amour –, n’est ni l’immoralité de la politique ni le “mauvais peuple” [allusion à l’arriération supposée du peuple russe] (Dieu nous en garde), c’est le choix moral que fait parfois un individu, sans comprendre pleinement que ce choix va changer le cours de sa vie à jamais. Et pis encore, la vie de ceux sur qui il exerce un pouvoir.

Les temp