C’est l’événement cinématographique de l’été. L’adaptation de L’Odyssée par le réalisateur britannique Christopher Nolan, dont la sortie mondiale a eu lieu la semaine passée, fait logiquement couler beaucoup d’encre en Grèce, berceau de l’œuvre d’Homère, où les tribunes se succèdent pour encenser ou critiquer le film et passer au crible ses choix de mise en scène et d’acteurs.
Comme le remarque l’hebdomadaire ProtoThema, c’est là le propre des classiques et des grands textes, qui “restent intemporels et actuels, car ils sont ouverts aux interprétations, aux variations, prêts à accueillir l’imagination inspirée des créateurs modernes”.
Longue de plus de 12 000 vers, L’Odyssée a été transmise depuis l’Antiquité par des générations de récitateurs, nommés “aèdes” ou “rhapsodes”, rappelle le quotiden Ta Nea :
“Christopher Nolan n’est qu’un rhapsode parmi les dizaines de milliers qui l’ont précédé, un simple orateur homérique.”
“L’Iliade exigeait au moins vingt heures de récitation, et L’Odyssée quinze – nul ne disposait, pas plus que Nolan aujourd’hui, de plus de deux à trois heures d’attention patiente de la part d’un auditoire, explique le quotidien. Eux aussi ont choisi [les épisodes] où leur talent s’exprimait : dans les cris de guerre, dans les scènes passionnées, dans les récits merveilleux.”
“Qu’est-ce qui rend ‘L’Odyssée’ si actuelle ?”
Mettant en perspective ce film avec les précédents du réalisateur, le critique de l’hebdomadaire culturel Lifo est pour le moins mitigé : “L’Odyssée est, indéniablement, une œuvre ‘Nolan’, qui reprend des motifs que l’on a déjà vus, avec plus d’efficacité et de cohérence, dans les films précédents du réalisateur : un homme déraciné, spirituellement épuisé, voire ‘déchu’, qui ne se sent pas à sa place et porte le fardeau d’une responsabilité collective insupportable, comme dans ses Batman [2005-2012], Tenet [2020], Dunkerque [2017] et particulièrement Oppenheimer [2023], ainsi que le motif de l’homme rongé par le désir de revoir ses enfants, comme dans Le Prestige [2006] et Inception [2010].”
Le retour semé d’embûches d’Ulysse à Ithaque, dans une quête allégorique sujette à d’innombrables interprétations, ne le convainc pas plus :
“Je crains que Nolan n’ait déjà su capturer l’angoisse humaine et le désir cinématographique avec plus de finesse par le passé, sans l’angoisse des kilomètres homériques qu’il doit parcourir.”
“Résumant magnifiquement les thèmes et le style du réalisateur britannique, le film le plus attendu de l’année est un divertissement de bon goût qui ne manque pas d’images mémorables, mais il n’atteint pas son objectif principal”, conclut le média.
“Ce qu’il manque, c’est l’explication de la magie, estime de son côté I Kathimerini. Qu’est-ce qui rend L’Odyssée si actuelle, même aujourd’hui, au point d’être considérée comme l’événement cinématographique de l’année ? Je pense que c’est à cette question que Nolan n’a pas su répondre.” Pour le grand quotidien conservateur, “en voulant donner de la profondeur à Homère, le réalisateur a négligé d’explorer la complexité de ses héros et s’est limité à leur apparence”.
Le film “Dunkerque” fâche les Français, et alors ?
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !