Pour porter son discours revendiquant la souveraineté du Brésil face aux menaces d’ingérence des États-Unis, quoi de mieux qu’une chanson de Bad Bunny ? Pour son dernier clip de campagne avant le premier tour de l’élection présidentielle, le 4 octobre, Lula a obtenu l’accord de la star de reggaeton pour utiliser la musique de sa chanson anticolonialiste Lo que pasó en Hawaii, extraite de son album le plus politique, Debí tirar más fotos. Un hymne en faveur de la résistance culturelle face à l’hégémonie américaine.

À lire aussi : Portrait. Comment Bad Bunny a révolutionné la pop mondiale

Pour l’occasion, le texte a été adapté à la réalité brésilienne et appelle à défendre les rivières, les plages, les terres rares et le drapeau brésilien, tandis qu’apparaissent des images des partisans de son rival d’extrême droite Flávio Bolsonaro, soutenu par Donald Trump, agitant des drapeaux américains.

“Le Brésil n’est l’arrière-cour de personne”

C’est “un virage poétique et créatif” qu’a opéré Lula de Silva, affirme le journal de gauche argentin Página 12, au lendemain de son intervention remarquée devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre. “Le Brésil n’est l’arrière-cour de personne”, a déclaré le président de gauche, très remonté, faisait référence à la “doctrine Donroe” appliquée par Trump, qui prétend faire de l’Amérique latine la chasse gardée des États-Unis.

En introduction du spot de campagne, on peut entendre la voix de l’acteur Wagner Moura expliquer que “lorsque les Portugais sont arrivés en 1500, ils ont trouvé la forêt [selva en portugais]. Forêt se dit silva en latin. Celui qui naît ici, pour eux, était ‘de la forêt’”. Avant de conclure, par un jeu de mots, que “le peuple brésilien a toujours été de Silva”, tandis que la photo de Lula se superpose à celles de représentants de la diversité du peuple brésilien. C’est alors que retentit la musique du chanteur portoricain.

Voir aussi : Vidéo. Le concert de Bad Bunny au Super Bowl, un “acte de résistance farouche”

En s’associant à celui qui fut la star de la mi-temps du dernier Super Bowl et qui incarne la fierté de l’identité latino-américaine, dans un contexte de politique antimigrants aux États-Unis, Lula, 81 ans, s’inscrit dans un même mouvement de résistance culturelle. Selon Página 12, il incarne le “dernier bastion du progressisme encore debout en Amérique du Sud, un continent submergé par les intérêts et la prédominance de l’extrême droite conservatrice”.