“Son plan a échoué”, jubile Marca. Après une journée riche en émotions et en rebondissements, la Fifa et son président Gianni Infantino ont fait “marche arrière” et renoncé vendredi soir à la “privatisation du Mondial”.
Dans un communiqué relayé par le quotidien sportif espagnol, le patron de l’instance dirigeante du football a reconnu sa défaite et l’impossibilité d’imposer son projet. “Après avoir écouté attentivement tous les avis, il apparaît clairement que le projet a engendré des divisions telles que, quel que soit le niveau de soutien, il ne remplit plus l’objectif initialement fixé”, écrit-il.
“Notre objectif a toujours été, et restera toujours, d’unir et de progresser. Par conséquent, cette proposition ne sera pas retenue”, ajoute-t-il.
Boycott de l’UEFA
La Fifa et son président “avaient annoncé mardi leur intention de créer une filiale distincte, impliquant des investissements privés, qui contrôlerait les droits commerciaux et opérationnels” des événements organisés par l’instance, au premier rang desquels la Coupe du monde, “l’un des plus grands événements sportifs au monde”, rappelle CNN.
Le projet, sur lequel Infantino travaillait apparemment depuis des mois sans en avoir informé personne ou presque, a été rejeté dès jeudi par l’UEFA, l’instance dirigeante du football européen, et la Concacaf, qui regroupe 41 fédérations de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes. L’UEFA avait même assuré qu’elle boycotterait les compétitions de la Fifa si son projet venait à être adopté.
Il en fallait plus pour décourager le président de la Fifa, qui promettait encore, aux premières heures de vendredi, de soumettre au vote des fédérations son projet de privatisation. Mais “en quelques heures, le projet a subi une série de revers qui lui ont été fatals, des revers qui pourraient bien compromettre aussi son avenir à la tête de la Fifa”, observe The Times.
« Le projet d’un seul homme »
Ce fut d’abord le ralliement des 47 fédérations de la Confédération asiatique de football (AFC) à la position de l’UEFA et de la Concacaf, portant à 137 le nombre de fédérations opposées au projet, sur les 211 que compte la Fifa.
Puis ce fut la démission du principal conseiller de Gianni Infantino, Carlos Cordeiro, assurant ne pouvoir “rester les bras croisés alors que la Fifa envisage de céder une participation dans la Coupe du monde. Soyons clairs : je n’ai joué aucun rôle dans cette proposition et je m’y oppose sans équivoque”, a-t-il martelé.
Ce fut enfin l’attaque en règle du directeur des opérations de la Fifa, Kevin Lamour, dénonçant “le projet d’un seul homme”, ayant “trompé” les membres de l’instance, selon des propos rapportés par CNN. “Le moment est désormais venu pour les dirigeants politiques du football de se poser les bonnes questions et de prendre les bonnes décisions”, a-t-il ajouté.
Position « fragilisée »
“Quoi qu’il arrive maintenant, quelles que soient les répercussions pour Infantino, cette saga restera dans les mémoires comme une démonstration d’orgueil et comme le moment où le patron de la Fifa – à qui l’on a constamment permis de repousser les limites de son autorité – s’est finalement brûlé les ailes à force de vouloir s’approcher trop près du soleil”, juge The New York Times.
De fait, “ce faux pas pourrait coûter cher à Infantino, en particulier après les interventions de Lamour et Cordeiro”, renchérit ESPN. “Réélu sans opposition en 2019 et 2023, Infantino peut encore briguer un mandat de quatre ans en vertu des statuts de la FIFA”. La prochaine élection est prévue au printemps 2027.
Mais si sa position de favori semblait jusqu’ici “assurée – malgré un malaise persistant concernant son style et ses précédentes tentatives d’imposer des projets impopulaires –, elle pourrait être fragilisée” après les événements de cette semaine, analyse le site sportif.
« Coup dévastateur »
The Guardian remarque que l’UEFA et d’autres confédérations étaient déjà à la recherche de candidats pour s’opposer à Infantino lors de la prochaine élection. “Il est peu probable” que les derniers événements leur fassent changer d’avis et “l’avenir dira si Infantino parviendra à redresser la barre après un épisode qui a porté un coup dévastateur à sa crédibilité”.
El País se demande même si le patron de la Fifa pourra tenir jusqu’à l’année prochaine. Car “la lutte de pouvoir a éclaté au sommet de la bureaucratie du football” et “Infantino se retrouve de plus en plus isolé”, se réfugiant auprès “des fédérations africaines et sud-américaines, qui gardent le silence face à une situation qui ne fait qu’attiser les tensions”.
Pour le titre madrilène, “l’idée de convoquer un congrès extraordinaire, avec la destitution d’Infantino à l’ordre du jour, hante constamment la Fifa”. La démarche, à portée de main, serait “sans précédent”, selon le quotidien. Selon les statuts, il suffirait du vote de 43 fédérations pour convoquer cette réunion et de la “majorité simple” pour déclencher sa destitution.
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