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« Quatre-vingts ans après le procès de Nuremberg, en finir avec le lieu commun de l’obéissance »

Continuer à parler de « soumission à l’autorité » comme si elle faisait des individus les instruments passifs des exactions qu’ils commettent, c’est perpétuer une excuse inventée par les avocats des nazis, soutient un collectif d’universitaires, dans une tribune au « Monde ».

« Quatre-vingts ans après le procès de Nuremberg, en finir avec le lieu commun de l’obéissance »
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Le 1er octobre 1946, le tribunal militaire international rendait son verdict à Nuremberg. On commémore d’ordinaire ce moment comme la naissance de la justice pénale internationale. Le procès avait également une visée pédagogique : établir la réalité du nazisme et dénazifier l’Allemagne, non seulement dans ses institutions et ses hommes, mais aussi dans ses idées.

Les accusés ne pouvant nier les faits, leurs avocats devaient trouver une défense qui permît de les avoir commis sans en être coupables : ce fut l’obéissance aux ordres. Quinze ans plus tard, le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann reprit cette stratégie à Jérusalem, quand il se déclara « non coupable au sens de l’accusation ». Admise, cette ligne de défense n’aurait laissé de responsables qu’Adolf Hitler et Heinrich Himmler, qui s’étaient, par leur suicide, soustraits à la justice : le crime parfait, puisque nul de ceux que l’on pouvait encore juger n’en eût été coupable.

Le tribunal écarta cette défense, en posant le critère devenu canonique : ce qui compte n’est pas l’existence de l’ordre, mais la possibilité effective d’un choix moral. Le verdict ouvrait ainsi une époque nouvelle de la responsabilité individuelle ; la défense nous léguait, en réponse, l’excuse qui permet depuis lors de s’y soustraire : « Nous n’y pouvions rien, nous ne faisions qu’obéir. » Plaidée en 1946 pour les dignitaires du Reich nazi, reprise en 1961 par Eichmann, réitérée au cours du procès des militaires américains responsables du massacre de My Lai, en 1968, au Vietnam, plaidée encore devant les tribunaux pour le Rwanda et pour les Khmers rouges, elle fut même invoquée au procès [des viols] de Mazan (Vaucluse), en 2024.

Si elle est devenue un lieu commun, c’est que cette excuse a trouvé, hors du prétoire, des cautions savantes. Dans son reportage sur le procès d’Eichmann, la philosophe Hannah Arendt (1906-1975) prit au sérieux la défense de l’accusé. Sa pensée est bien plus subtile que ce qu’en a tiré la postérité, mais on ne retient souvent de son livre [Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (Gallimard, 1966)] que le sous-titre et la chute : l’expression « banalité du mal », qui évoque le bureaucrate contribuant, sans haine ni fanatisme, à l’extermination de millions d’êtres humains.

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