Tout est parti d’une blague lancée lors de l’apéro hebdomadaire de la rédaction à San Francisco. Et si Wired, longtemps “une publication plébiscitée par les mecs”, se transformait le temps d’un numéro en “un canard féminin”, avec “avec un graphisme rose criard, des titres provocateurs” et des patrons de la Silicon Valley grimés en femmes. Dans son éditorial, la directrice éditoriale Katie Drummond raconte que la plaisanterie a vite cessé d’en être une :
“Nous avons vite été inspirés, débordant d’idées et, en fin de compte, pas mal en colère.”
Pour la une de son numéro de novembre-décembre, le magazine californien a confié à l’actrice et comédienne transgenre Patti Harrison le soin de parodier les “maîtres actuels de l’univers” de la tech. Sur l’une des quatre couvertures, cette dernière incarne à la fois le patron d’Amazon Jeff Bezos, crâne rasé et costume sobre, et sa femme, la journaliste américaine Lauren Sánchez Bezos, en tailleur blanc. L’actrice interprète aussi tout à tour le multimilliardaire et fondateur de Tesla, Elon Musk, le PDG d’Open AI, Sam Altman, le dirigeant d’Anthropic, Dario Amodei, et le dirigeant de Meta, Mark Zuckerberg. En bas de la couverture, une question s’affiche en gros caractères blancs : “Qui dirige le monde ?”
Davantage de virilité
Dans une grande interview en marge de la séance photo, Patti Harrison s’exprime avec humour et cynisme à propos des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle et de l’industrie de la tech. Un choix idéal pour Wired, qui cherchait une personnalité prête à “s’exprimer sur l’univers extrêmement masculin de la Silicon Valley”, trouvant en l’actrice une alliée parfaite, enthousiaste à l’idée de “tourner en dérision les individus qui se cachent derrière les plateformes qu’elle appréciait par le passé”.
L’opération d’imitation sert également d’autocritique. Katie Drummond rappelle qu’entre 1993 et 2010 le mensuel a publié 70 couvertures mettant à l’honneur au moins un homme, contre quatre seulement “célébrant des femmes pour leurs accomplissements professionnels”. “Personne ne veut parler des femmes dans la tech. Alors nous le ferons”, promet Wired sur son site.
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Je m’abonneLe dossier donne la parole à 634 femmes du secteur, âgées de 16 à 65 ans, dont 47 % estiment que la situation des femmes dans la tech reste inchangée ou s’est dégradée. Plus d’un tiers dit avoir subi harcèlement ou biais sexistes. “Mes collègues me prennent de haut comme si j’étais idiote”, raconte une femme forte de trente années d’expérience. Une autre salariée rapporte qu’un patron insistait pour qu’elle marche devant lui afin d’“agrémenter sa vue”. Et une autre participante confie que des clients masculins “ricanent lorsqu’ils apprennent qu[’elle est] la PDG”, alors qu’ils la prenaient pour une secrétaire.
Le magazine cherche également à confronter ces récits au retour d’un discours valorisant la virilité dans la tech, porté notamment par Mark Zuckerberg et son éloge d’une “énergie masculine bénéfique”, en janvier 2025, le jour même où Meta mettait fin à ses programmes de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Avant de partir en quête des “femmes les plus puissantes de la Silicon Valley”. Dressant la liste des figures majeures de la Big Tech, le magazine constate que le pouvoir reste très masculin au sommet et finit par constater : “Pourquoi est-il encore si difficile, en 2026, de répondre à la question ‘quelle est la femme la plus puissante de la tech’ ?”
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