Donald Trump a dénoncé, lundi 26 octobre, des élections « truquées » au Brésil, au lendemain de la réélection surprise du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, face à son rival d’extrême droite Flavio Bolsonaro.
« C’était lamentable », a déclaré le président américain, proche allié du candidat vaincu. « Franchement, ça ressemblait à une autre élection truquée », a-t-il lancé avant de quitter Washington pour un meeting de campagne à l’approche des élections américaines de mi-mandat. « Je n’ai pas choisi de camp. Je n’ai pas adoubé qui que ce soit. Mais j’ai regardé l’élection. C’était tellement corrompu, tellement lamentable », a-t-il ajouté.
Avec 51,8 % des voix contre 48,2 % pour le sénateur Flavio Bolsonaro, Lula a déjoué tous les pronostics. Il a obtenu 4,4 millions de voix de plus que son adversaire, qui a fustigé une « magouille ». Donald Trump n’avait pas apporté son soutien à Flavio Bolsonaro, mais il avait salué sa « grande victoire », à l’issue du premier tour, durant lequel le sénateur, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2023), condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’Etat, avait devancé Lula.
Vague de dirigeants conservateurs en Amérique latine
Donald Trump a lui-même contesté sa propre défaite à l’élection présidentielle de 2020 – la qualifiant de « truquée » – et sème le doute sur les élections de mi-mandat du 3 novembre, au cours desquelles son Parti républicain pourrait perdre le contrôle du Congrès. Allié de la famille Bolsonaro, le locataire de la Maison Blanche espérait manifestement une victoire de Flavio Bolsonaro, qui s’était engagé à rejoindre la vague des dirigeants conservateurs d’Amérique latine se rapprochant ou s’alignant avec Washington.
« Les élections doivent être incontestables et cela m’a semblé très mauvais », a poursuivi le président américain, se montrant toutefois évasif lorsqu’on lui a demandé s’il comptait prendre des mesures de rétorsion. « Je ne me présente pas pour le Brésil, je me présente pour les Etats-Unis, a-t-il déclaré. J’apprécie Lula, je m’entends très bien avec lui. J’ai simplement trouvé que cela faisait très mauvaise impression, la façon dont les résultats ont été dépouillés, avec cette prolongation. »
Malgré des relations commerciales et politiques tumultueuses, Donald Trump assure avoir « une excellente alchimie » avec Lula. Le président américain se félicite de la vague de droite en Amérique latine, et d’avoir renversé Nicolas Maduro, au Venezuela, en janvier. « En Amérique du Sud, tout penchait fortement vers la gauche – maintenant, tout va bien », a-t-il déclaré aux journalistes, la semaine dernière. « Et, comme vous le savez, j’ai soutenu bon nombre de ces personnes. Toutes celles que j’ai soutenues ont gagné », a-t-il ajouté. Lula n’a eu de cesse d’appeler Donald Trump à ne pas « se mêler » des élections brésiliennes.
Flavio Bolsonaro se place en figure de l’opposition
Flavio Bolsonaro a par ailleurs affirmé, lundi, qu’il s’était vu interdire par la justice de quitter le Brésil, au lendemain de sa défaite. Sur décision d’un juge de la Cour suprême brésilienne, il a « été sommé de remettre [ses] passeports et il [lui] est interdit de quitter le pays », a-t-il assuré dans une vidéo, dénonçant une « tentative d’intimidation ». « Je n’ai jamais pensé à quitter le pays. Je vais remettre mes passeports et je vais me défendre de cette aberration », a-t-il ajouté.
Selon le sénateur, cette décision ferait suite à une déclaration de son frère, l’ancien député Eduardo Bolsonaro, installé aux Etats-Unis, qui avait estimé que le candidat du Parti libéral devrait quitter le Brésil en cas de défaite face à Lula. « Je n’ai jamais dit ça. Est-ce une raison pour me priver de mon passeport ? », a protesté Flavio Bolsonaro.
A l’annonce des résultats dimanche, Flavio Bolsonaro avait affirmé qu’il demanderait l’annulation du scrutin. Lundi, il a annoncé qu’il comptait diriger l’opposition « pour résister face au chaos ». « Je vais réunir les députés et les sénateurs élus pour organiser notre stratégie et faire de la Chambre des députés et du Sénat notre forteresse contre la barbarie qui est en train de se dessiner avec quatre années de plus de Lula », a-t-il insisté.
Les législatives du 4 octobre ont vu un raz-de-marée conservateur. Le Parti libéral est le mieux représenté, avec 121 députés sur 513 et 28 sénateurs sur 81. Le fils aîné de Jair Bolsonaro fait l’objet d’une enquête pour des soupçons de corruption et de blanchiment d’argent dans le financement d’un film biographique sur son père. Il nie toute irrégularité.