Condamné à mort pour la tuerie de Fort Hood en 2009, Nidal Hasan devait voir son exécution prévue le 3 décembre diffusée en direct sur Internet, selon les annonces du Pentagone. Sous la pression d’une opinion publique largement opposée à la retransmission et de critiques venues de son propre camp politique, Donald Trump a finalement renoncé à ce projet. Au-delà de ce revirement, l’annonce de la diffusion aura suffi à placer la mise à mort au centre d’une controverse sur la représentation publique de la violence d’Etat.
Pete Hegseth, le secrétaire à la défense états-unien, avait présenté cette diffusion auprès du grand public comme un moyen de rappeler les « graves conséquences » de ce type de crime. En lui donnant une portée pédagogique et symbolique, la retransmission devait transformer la peine en message politique destiné à marquer les esprits et à dissuader d’autres passages à l’acte. Cette exécution par peloton aurait ainsi pu devenir une démonstration d’autorité pour l’Etat.
L’annonce du Pentagone faisait directement écho à trois mécanismes caractéristiques des représentations médiatiques de la mort aux Etats-Unis : l’hypermédiatisation, qui amplifie la circulation des images ; l’aseptisation, qui détermine ce qui est montré ou laissé hors champ ; et la sacralisation, qui associe la violence dans des récits héroïques ou exemplaires. Le cas de Nidal Hasan est particulièrement révélateur de leur articulation : la retransmission en direct a fait de la mise à mort un événement médiatique, les choix de cadrage auraient aussi déterminé ce que le public allait en voir, tandis que le discours officiel présentait l’exécution comme une manifestation de justice et d’autorité.
Le contraste avec le meurtre de George Floyd, un Afro-Américain tué par un policier blanc à Minneapolis (Minnesota), est saisissant. En 2020, la vidéo filmée par Darnella Frazier, alors adolescente, a rendu visible une violence policière dont les autorités ne pouvaient plus contrôler seules le récit. Ici, les images ont contredit la version officielle et contribué à déclencher une mobilisation internationale avec le mouvement Black Lives Matter. Pour la retransmission de l’exécution de Nidal Hasan, la logique aurait été inversée : l’Etat organiserait lui-même la visibilité d’une mise à mort qu’il considère comme légitime, dans une forme de « monstration légale ». Sans assimiler ces situations, qui relèvent de contextes radicalement différents, leur comparaison révèle un même enjeu : les images mettent en scène le pouvoir, sa violence dans un cas, son autorité dans l’autre.
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