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Sanctions russes : le marchandage peu glorieux de la France

En obtenant, au terme d’une forme de chantage, le retrait de l’oligarque Alicher Ousmanov de la liste des personnes sanctionnées par l’Union européenne, Paris a placé ses intérêts avant ceux de ses alliés, brouillant le message d’Emmanuel Macron sur la réalité des menaces russes enve

Sanctions russes : le marchandage peu glorieux de la France
HaitiCreoleRadio.com

Toute politique de sanctions comporte un coût pour celui qui y recourt, et son efficacité dépend de l’exemplarité de son application. Ces principes ressortent particulièrement abîmés des tractations peu glorieuses qui ont entouré la reconduite, le 22 septembre, des mesures adoptées par l’Union européenne à l’encontre de près de 3 000 individus et entités accusés de soutenir à des titres divers l’effort de guerre russe contre l’Ukraine.

On ne peut que regretter que la France ait, à cette occasion, placé ses intérêts avant ceux de l’Union européenne et de ses alliés ukrainiens. Paris a en effet obtenu, au terme d’une forme de chantage à la non-reconduction de sanctions réexaminées tous les six mois, le retrait d’un oligarque, le milliardaire russo-ouzbek Alicher Ousmanov, de la liste des personnes sanctionnées. Ce dernier y figurait depuis 2022.

La contrepartie de ce cavalier seul français n’a pas tardé à se matérialiser. Dans un détestable jeu de billard à trois bandes, la faveur faite à l’oligarque, bien introduit en Azerbaïdjan, où le président Ilham Aliev plaidait également en faveur du retrait du milliardaire de la liste noire européenne, s’est traduite par la grâce accordée à un ressortissant français. Il avait été condamné en mars à dix ans de prison pour espionnage, une accusation jugée sans fondement par les autorités françaises.

L’arrestation en 2023 de ce Français, présenté comme un homme d’affaires, avait illustré la profonde dégradation des relations entre la France et cet Etat pétrolier du Caucase, qui poursuit Paris de sa vindicte pour son soutien à l’Arménie. Pour justifier leur chantage, les diplomates français en poste à Bruxelles se sont retranchés derrière l’argument cryptique de la « sécurité nationale ». Le Quai d’Orsay a réagi à cette grâce attendue en mettant en avant « un geste humanitaire » de la part du régime du président Aliev.

Choix contestable

Ce marchandage pose au moins deux problèmes majeurs. Le premier explique les vives protestations de Kiev. Il crée en effet un précédent, même si les Européens ont par ailleurs décidé que les sanctions visant la Russie, après cette reconduction chèrement acquise, ne seraient pas réexaminées avant trois ans. Le Luxembourg a d’ailleurs également obtenu à cette occasion le retrait d’un autre oligarque, Mikhaïl Fridman, qui avait demandé un arbitrage international et qui réclamait 16 milliards de dollars (environ 14 milliards d’euros) au Grand-Duché, où il détient des participations dans des entreprises. Sans surprise, la Russie s’est appuyée sur ces deux retraits pour exiger la levée des sanctions européennes contre « tous les hommes d’affaires russes ».

Les tractations de Bruxelles brouillent également le message salutaire du président de la République, Emmanuel Macron, à propos de la réalité des menaces russes envers les soutiens européens de l’Ukraine. L’escalade voulue par Moscou impose en effet de restaurer une forme de dissuasion envers la Russie.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, deux oligarques réputés proches de Vladimir Poutine, échappent aux sanctions européennes, provoquant la frustration au sein de l’UE

Ce marchandage renvoie au dilemme douloureux que pose tout ce qui peut être assimilé à une prise d’otage. Accepter de négocier des contreparties pour obtenir une grâce ou une libération revient en effet à démontrer son efficacité. En imposant à ses partenaires européens cette politique qui lui a souvent été reprochée à propos d’autres parties du monde, la France a fait un choix contestable, qui va à l’encontre de son rôle déterminant dans la coalition des volontaires mise sur pied pour épauler l’Ukraine.

Le Monde

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