«Sunville», une création afrofuturiste entre exil, mémoire et réconciliation
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Sur une île peuplée de survivants, entre fin du monde et terre promise, Sunville imagine la société de demain. Ce théâtre musical porté par les textes du poète congolais Fiston Mwanza Mujila, la mise en scène de Stephanie Thiersch et la musique de Sofia Jernberg, née en Éthiopie, mêle rumba congolaise, jazz, électronique et musique contemporaine. Une création mondiale foisonnante qui inaugure « Unlimited », la nouvelle section de la Deutsche Oper Berlin dédiée aux formes artistiques sans frontières.
Une mer de boules noires en plastique, des costumes éclatants et une galerie de personnages échoués sur une île imaginaire. C'est dans ce décor singulier que s'ouvre Sunville, une utopie née de la rencontre entre l'écrivain congolais Fiston Mwanza Mujila et la chorégraphe et metteuse en scène allemande Stephanie Thiersch.
« Il y a des gens qui arrivent de partout, qui ont fui des maladies, des guerres ou des dictatures et qui essaient sur cette île de construire la société de demain », explique Fiston Mwanza Mujila. Mais cette société idéale reste insaisissable. « On ne sait pas si elle est meilleure ou mauvaise », souligne Stephanie Thiersch. Entre mythologies, récits contradictoires et sauts dans le temps, la metteuse en scène compose un univers mouvant où la mer de boules peut tour à tour évoquer le danger, le chaos ou un terrain de jeu propice aux rencontres.
Les blessures du passé au cœur du récit
Présentée dans la Tischlerei, l'ancienne menuiserie transformée en laboratoire de création de la Deutsche Oper Berlin, l'œuvre fait dialoguer passé et futur. Le contre-ténor belgo-congolais Serge Kakudji y interprète un ancien champion de boxe de l'époque coloniale. « À l'époque coloniale, en Afrique du Sud, beaucoup de Noirs étaient cantonnés à la boxe », rappelle le chanteur.
Son personnage porte les stigmates de cette histoire, mais aussi l'espoir d'une réparation symbolique. Sur scène, les objets abandonnés ou dévalorisés retrouvent une dignité nouvelle. « Il y a un message de réconciliation, mais aussi un clin d'œil à la restitution des objets d'art emportés par les puissances coloniales, explique Serge Kakudji. Même des objets du quotidien que l'on rejette habituellement retrouvent ici une valeur. Un pneu crevé peut devenir un objet précieux une fois peint en doré. »
Une mosaïque musicale sans frontières
À l'image de son récit éclaté, Sunville refuse les catégories. La compositrice suédoise d'origine éthiopienne Sofia Jernberg compose une partition foisonnante où se croisent rumba congolaise, chants sud-africains, musique classique et guitare électrique.
« La guitare électrique renvoie à un personnage qui aime détruire et brûler les choses, d'où cette esthétique trash, explique la compositrice. Il nous fallait quelque chose de brut, de contemporain. J'ai même créé certains sons diffusés par les haut-parleurs avec l'intelligence artificielle, ce que je trouvais amusant pour un projet futuriste. »
Cette diversité musicale reflète l'identité même de Sunville, œuvre polyglotte interprétée en français, allemand, anglais, lingala, swahili, hébreu et suédois.
Rire contre la nuit
Malgré les thèmes graves qu'elle aborde, la création ne cède jamais au pessimisme. Au contraire, elle fait du rire une forme de résistance. « Sur scène, nous rions contre le colonialisme, contre la xénophobie, affirme Fiston Mwanza Mujila. Le rire peut être un remède contre la nuit, contre la solitude. Ce rire est une magie. »
Dans un monde secoué par les crises et les replis identitaires, Sunville choisit ainsi la poésie, le métissage et l'humour pour esquisser d'autres futurs possibles.
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