Théâtre: Pauline Bayle adapte la monumentale épopée indienne «Mahabharata» au féminin
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C'est l'un des plus anciens récits de l'humanité : une histoire de famille, de pouvoir et de violence. Le Mahabharata, monumentale épopée indienne de 250 000 vers, répartis en 19 livres, issue d'une tradition orale et fixée par écrit, en sanskrit, au 5ᵉ siècle avant J.-C., raconte une guerre fratricide entre deux clans de la famille royale des Bharata qui se disputent le trône. Un texte fleuve auquel s'attaque aujourd'hui la metteuse en scène française Pauline Bayle, au Théâtre public de Montreuil. Mahabharata, une histoire de la violence, est à voir jusqu'au 24 octobre au Théâtre public de Montreuil.
À l’origine du monde, il y a Vyasa, le poète narrateur, grand-père des princes. En tamoul et en français, le texte du Mahabharata sonne dans toute sa puissance, dans un décor à l’épure. Au fond, une lune surplombe la scène, témoin des massacres à venir. Au sol, un grand cercle de sable où se défient deux lignées de cousins, les Kaurava et les Pandava.
Joute verbale, défi aux dés, les jeunes guerriers, nourris d’orgueil et de ressentiment, vont finir par s’entretuer. La prouesse de la metteuse en scène Pauline Bayle est d’avoir réussi à resserrer et vulgariser le Mahabharata sans le trahir. « Il y a une espèce de cycle éternel où les bourreaux deviennent des victimes et les victimes deviennent des bourreaux. Comme ça, jusqu’à la nuit des temps, souligne la metteuse en scène. On peut tout à fait comprendre que quelqu’un recoure à la force parce qu’il a subi quelque chose de très violent. Mais ce que le Mahabharata montre, c’est qu’en fait, même si on peut comprendre cela avec son empathie, en revanche, la violence ne résoudra rien ». Sont mis en exergue les épisodes de viol qui engendrent la vengeance ou comment la haine se transmet de génération en génération.
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« Le dilemme que représente l’usage de la violence est un impensé de nos imaginaires »
Musique électro, costumes, shorts, baskets : le regard se concentre sur le jeu des huit actrices. Une distribution exclusivement féminine pour incarner cette histoire pleine de testostérone. « Le Mahabharata est rempli d’hommes qui tentent d’être à la hauteur de ce qu’on attend d’eux, et c’est très difficile. Et ils échouent, en fait », explique Pauline Bayle.
« L’Histoire, la mémoire collective, ont laissé de côté toutes les femmes qui ont fait le choix de la violence, pour des raisons politiques ou par conviction personnelle, poursuit la metteuse en scène. Et je trouve que c’est absurde que le dilemme que représente l’usage de la violence soit un impensé de nos imaginaires de cette façon. »
L’univers du jeu vidéo est convoqué : la danse urbaine, le krump, est utilisée pour faire ressentir les combats. Le mythe est mis au goût de notre époque, caméra à la main. « Avoir une caméra, c’est une arme. Et donc, les points de vue de la caméra dans le spectacle sont tout le temps subjectifs, pointe Pauline Bayle. Ce ne sont que les vainqueurs, entre guillemets, enfin, le camp des plus forts qui raconte l’histoire et qui pose sa caméra sur la réalité. »
La réécriture dépouillée de Pauline Bayle propulse le Mahabharata au XXIᵉ siècle avec sa leçon ancestrale d’une révoltante actualité : une guerre nourrit toujours la prochaine, et notre incapacité à renoncer à la violence mène invariablement à l’autodestruction.
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