Avant le retour de la chaleur, la pluie. Non pas cette pluie fine et régulière dont les agriculteurs auraient tant besoin. Non, le ciel donne tout ce qu’il a, et c’est un déluge qui s’abat, transformant les cultures en champs de boue. La terre colle amoureusement aux chaussures. Quand la pluie faiblit ou laisse place à une embellie fugace, en ce matin de mai, les quatre femmes et les deux hommes ressortent et s’égaillent sur le Domaine de Manon. Ils s’en vont cueillir avec grande précaution les roses qui viennent d’éclore – uniquement les roses, et uniquement les jeunes – et les laissent glisser dans leur tablier. La variété qu’ils récoltent ici est la Rosa centifolia, également connue sous le nom de “rose aux cent pétales”, en raison de sa corolle particulièrement fournie. Eh oui, les roses embaument malgré la pluie.

Tout en marchant, Carole Biancalana, 52 ans, attrape une fleur et la porte brièvement à son nez. Elle a de longs cheveux détachés et des baskets maculées de boue. “Le poivre et le miel, commente-t-elle. Une petite note épicée, aussi.” À l’écouter, on comprend qu’elle fait partie de ces gens qui aiment leur métier. Après ses études, Carole a goûté un peu au travail de bureau, dans la banque, avant de rejoindre l’exploitation familiale, dont elle représente la quatri