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Géopolitique

Ukraine : le nécessaire réexamen de la question des avoirs russes

L’accord américano-russe sur le gazole et l’interruption du partage du renseignement américain avec Kiev sont autant de signaux inquiétants qui viennent relancer le débat sur les 210 milliards d’euros de la Banque centrale de Russie bloqués sur le sol européen. Des fonds que Bruxelles po

Ukraine : le nécessaire réexamen de la question des avoirs russes
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Donald Trump n’est jamais en retard d’une trahison lorsque les valeurs qu’ont longtemps défendues les Etats-Unis sont en jeu. L’accord annoncé le 9 octobre avec Vladimir Poutine, concernant la livraison de milliers de tonnes de gazole russe, dans l’espoir de limiter les pertes redoutées par les républicains aux élections de mi-mandat, le 3 novembre, parvient pourtant à franchir un nouveau seuil.

Il constitue en effet une violation de la lettre et de l’esprit de deux lois votées par le Congrès, dont une inspirée par l’un des proches du président américain, le sénateur Lindsey Graham, disparu en juillet, promulguée il y a moins d’un mois. Accompagnée du vœu de voir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, renoncer à ses fonctions, cette annonce montre que la politique de Washington concernant l’Ukraine est désormais dictée par Moscou. Que le parti qui fut celui de Ronald Reagan s’en accommode, à de rares exceptions près, dit l’ampleur de la débâcle.

A ce possible financement de la machine de guerre russe par les Etats-Unis, première puissance pétrolière mondiale, s’ajoutent l’alarmante interruption, ces dernières heures, du partage du renseignement américain avec l’armée ukrainienne, permettant d’anticiper les frappes russes, ainsi que le ralentissement temporaire du système de communication militaire reposant sur la constellation de satellites du dirigeant de SpaceX, Elon Musk, qui s’est défaussé sur le Pentagone. Autant de signaux troublants, alors que se déchaînent les bombardements russes meurtriers visant les infrastructures civiles ukrainiennes à la veille de l’hiver.

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En amont du Conseil européen prévu à Bruxelles les 15 et 16 octobre, l’attitude de Donald Trump et cette escalade qui fait écho à celle concernant la guerre hybride visant les alliés européens de Kiev rebattent les cartes sur la question des avoirs russes. Il s’agit des 210 milliards d’euros de la Banque centrale de Russie bloqués sur le sol européen au titre des sanctions internationales prises dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine, en 2022.

Depuis des mois, les Européens tergiversent à propos de l’usage qu’ils pourraient en faire. Une position légaliste a prévalu jusqu’à présent, les pays européens estimant que saisir ces avoirs constituerait un précédent dangereux. Donald Trump ne cesse pourtant de faire la démonstration que ménager Vladimir Poutine ne conduit nulle part. Les navettes de ses émissaires personnels ont toutes été vaines parce que le locataire de la Maison Blanche n’a jamais osé construire un rapport de force avec le maître du Kremlin.

Les réticences européennes ont été alimentées par celles de la Belgique, où se trouve l’essentiel des actifs russes, regroupés au sein d’Euroclear, une institution financière de dépôt basée à Bruxelles. Pour éviter que la Russie fasse pression sur Euroclear et sur les autorités belges, les pistes ont émergé. La plus prometteuse, actuellement défendue par des eurodéputés, consisterait à transférer les comptes russes, actifs comme passifs, au niveau de l’Union européenne (UE).

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Après cette première étape, l’UE pourrait s’engager à indemniser des institutions telles qu’Euroclear si elles subissaient des pertes financières du fait de cette mesure. Les fonds seraient ensuite redirigés vers Kiev, ce qui permettrait de financer la résistance ukrainienne au-delà du mandat de Donald Trump. Vladimir Poutine n’économise ni son mépris ni ses menaces lorsqu’il s’agit des Européens. Il revient à ces derniers de traduire dans les faits le concept d’Europe-puissance qui est le seul que peut entendre Moscou.

Le Monde

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