« J’ai dit au soldat que le détenu qui partageait notre cellule avait un problème psychologique, raconte Amr Abdelfattah au téléphone à son épouse Hakima, le 11 mai 2026, après qu’un de ses codétenus a tenté d’en étrangler un autre dans les toilettes. Le militaire a commencé à me frapper, il m’a mis à terre, menotté. Mon visage était en sang. Mon œil gauche est gonflé depuis une semaine, il a changé de couleur. Ils m’ont ensuite mis à l’isolement pour me punir. »
Ce citoyen français d’origine égyptienne, qui dit subir coups, humiliations et isolement, croupit depuis deux ans dans la prison ultra-sécurisée de Dahaban, près de Djedda, en Arabie saoudite. A son arrestation, il est poursuivi pour avoir manqué de respect à un agent de police et pour des propos critiques à l’encontre des autorités du pays – deux accusations qu’il réfute. Des chefs d’inculpation bien plus graves, relevant de la législation antiterroriste, seront requalifiés contre lui dans les mois suivants.
Postdoctorant en informatique à Sorbonne Université, âgé de 41 ans et père de trois jeunes enfants, Amr Abdelfattah a été interpellé le 16 juin 2024 sur l’esplanade de la Grande Mosquée de La Mecque à l’issue d’un contrôle de police qui tourne mal : lui et son épouse ne disposent pas d’un permis valide pour accéder au site. Le couple a été victime d’une fraude aux visas religieux – un intermédiaire saoudien leur avait assuré, contre rémunération, pouvoir leur procurer une autorisation d’accès aux lieux saints, avant de leur faire faux bond. Cette arnaque touche régulièrement des pèlerins en Arabie saoudite, qui limite l’accès aux lieux saints en période de pèlerinage ; le couple avait malgré tout décidé de tenter sa chance.
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