La Climate Week de New York, organisée chaque année en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, est éclipsée cette semaine par d’autres enjeux – guerres, crise énergétique, IA-pocalypse… On avait pourtant cru que l’été caniculaire sonnerait la mobilisation générale… Chercheuse en santé publique à l’université de New York, Manasi Kumar adresse aux grands de ce monde un appel à ne pas oublier le coût humain de l’inaction. Car les “préoccupations liées au changement climatique vont bien au-delà des habitations, des récoltes et des moyens de subsistance” perdus à cause du dérèglement du climat, explique-t-elle dans Nature.
“Dommages irréversibles, déplacements définitifs, destruction des écosystèmes, perte du patrimoine culturel et catastrophes à répétition” touchent déjà de nombreuses populations, comme on l’a encore constaté avec la crue meurtrière du 26 août au Népal, écrit-elle. “La litanie de catastrophes peut finir par entraîner une forme de lassitude de l’apocalypse”, confirme Inside Climate News. Leurs victimes sont “davantage exposées au stress, à l’anxiété et à l’épuisement”. Les rescapés seraient pour “plus de 30 %” exposés au syndrome de stress post-traumatique. Selon une étude de l’université de Stirling, en Écosse, publiée en avril, “la perte d’un lieu chargé d’une forte valeur affective, due au changement climatique, a non seulement des répercussions économiques, sociales et sur la santé, mais affecte également la santé mentale et le lien identitaire”, rapporte The National. “Reconnaître le deuil écologique comme un élément de la justice climatique pourrait aider les politiques à mieux évaluer quelles pertes peuvent être indemnisées”, affirme Pablo Fernandez Velasco, son principal auteur et chercheur en philosophie.
Les COP s’intéressent officiellement depuis 2007 aux pertes et préjudices liés au changement climatique, “un des rares domaines de la politique climatique à reconnaître les dommages qui ne sont pas purement économiques”, souligne Manasi Kumar. Y ajouter les effets sur le psychisme humain permettrait de mieux accompagner les populations les plus exposées. “Les mécanismes de financement devraient soutenir la guérison communautaire, la reconstruction sociale et la restauration culturelle”, écrit la chercheuse. Et si la COP s’inspirait du Bhoutan ? En 1972, le petit royaume bouddhiste inventait un nouvel indicateur, le bonheur national brut (BNB), pour privilégier le bien-être à la richesse. Transposé à la finance climatique, un indicateur de l’effet sur la santé mentale du réchauffement replacerait le curseur du côté de l’humain.
En bref
Menace sur la glace éternelle de Papouasie
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Le Puncak Jaya,plus haut sommet d’Océanie avec ses 4 884 mètres d’altitude, abrite parmi les derniers vestiges de glaciers tropicaux de la planète. Las, avec le réchauffement climatique et l’épisode en cours d’El Niño, ses neiges éternelles pourraient disparaître d’ici quelques mois, s’inquiète le site d’information indonésien Detik. Pour en savoir plus, c’est ici.
Résistance contre les data centers
Aux États-Unis, “quelque 45 projets de centres de données, d’une valeur totale de 68 milliards de dollars [environ 59 milliards d’euros], ont été bloqués ou retardés par des résistances locales entre avril et juin de cette année”, selon le cabinet Data Center Watch. Une information dont Bloomberg se fait l’écho. Pour en savoir plus, c’est ici.
Faire tomber la pluie au Honduras
Confronté à une sécheresse inédite liée au phénomène El Niño, le Honduras prévoit de lancer une opération d’ensemencement de nuages afin de favoriser les pluies. En 1995 déjà, le pays avait eu recours à cette technique controversée, sans résultats satisfaisants. Pour le directeur du Centre d’études atmosphériques, océanographiques et sismiques, Francisco Argeñal, cité par Proceso Digital, il est indispensable que les autorités évaluent “le rapport coût-bénéfice” en amont d’une telle opération. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 154 de Climatiques.
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