En direct Jeudi 1 Octobre 2026
Culture

Une victoire des Grenadiers serait un coup porté aux ambitions de domination du Président Abinader

Ce soir, au stade olympique Félix Sánchez de Saint-Domingue, les Grenadiers d’Haïti affrontent la République dominicaine dans un match de la Ligue des nations de la Concacaf. Au-delà des trois points et de la course aux quarts de finale, cette rencontre porte une charge symbolique forte. Une

Une victoire des Grenadiers serait un coup porté aux ambitions de domination du Président Abinader
HaitiCreoleRadio.com

1 octobre 2026
Une victoire des Grenadiers serait un coup porté aux ambitions de domination du Président Abinader 
Actualités Sport

Une victoire des Grenadiers serait un coup porté aux ambitions de domination du Président Abinader 

  • by Rezo Nodwes
  • 1 octobre 2026
  • 0 Comments

Ce soir, au stade olympique Félix Sánchez de Saint-Domingue, les Grenadiers d’Haïti  affrontent la République dominicaine dans un match de la Ligue des nations de la Concacaf.  Au-delà des trois points et de la course aux quarts de finale, cette rencontre porte une charge  symbolique forte. Une victoire haïtienne ne serait pas seulement un succès sportif : elle  viendrait contredire, sur le terrain même, le récit de supériorité et de contrôle que le président  Luis Abinader cultive autour de l’île d’Hispaniola. 

Abinader a choisi de polariser ce derby. Après les succès de sa sélection, il a publiquement  appelé la population dominicaine à remplir le stade et à soutenir l’équipe nationale. Ce n’est  plus seulement un encouragement sportif. C’est un geste politique. Le chef de l’État  dominicain transforme un match de football en démonstration de force nationale, dans un  contexte où sa politique à l’égard d’Haïti repose sur la fermeture, les expulsions massives, le  mur frontalier et un discours constant de menace haïtienne. Dans cette logique, l’île entière  doit rester sous une forme de tutelle dominicaine, Haïti étant présentée comme un espace de  chaos à contenir, à surveiller et, pour certains, à gérer par procuration. 

Une défaite de la République dominicaine sur son propre sol, face à une sélection haïtienne  souvent sous-estimée, briserait cette mise en scène. Elle rappellerait que la fierté, la discipline  et la résilience ne sont pas l’apanage d’un seul côté de la frontière. Elle affaiblirait le projet  implicite de domination symbolique de l’île, projet qui s’appuie sur l’image d’une Haïti  perpétuellement défaillante et d’une République dominicaine en position de force. Elle irait  également à l’encontre des fantasmes de recolonisation ou de gestion externalisée d’Haïti, qui  circulent régulièrement dans certains milieux dominicains et internationaux : l’idée selon  laquelle Haïti serait incapable de se gouverner et devrait accepter une tutelle, même déguisée. 

Le football a toujours été un miroir des relations entre les deux nations qui partagent l’île. Les  Grenadiers ont longtemps dominé les confrontations historiques. Une victoire ce soir  rappellerait que la dignité nationale ne se négocie pas et que le terrain reste un espace où Haïti  peut encore affirmer son égalité. 

Pourtant, face à cette politisation ouverte par Abinader, les autorités haïtiennes sont restées  silencieuses. Ni le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ni les instances de transition n’ont  publiquement réagi à cette instrumentalisation du match. Aucune déclaration ferme pour  rappeler que le sport ne doit pas servir de relais à des agendas de domination ou de  stigmatisation. Ce silence est d’autant plus frappant que le gouvernement haïtien multiplie les  interventions internationales sur la crise sécuritaire, la migration et la souveraineté. 

Comment expliquer l’attitude de Fils-Aimé, qui semble regarder ailleurs ? Plusieurs  hypothèses se présentent. La première est la prudence diplomatique : le Premier ministre  cherche peut-être à éviter toute escalade verbale alors que les relations bilatérales restent  fragiles, malgré de timides signes de dialogue. La deuxième est la concentration sur d’autres  urgences – gangs, sécurité, transition politique – qui relèguent le sport au second plan. La  troisième, plus critique, est un manque de vision stratégique : l’incapacité à saisir les moments  où la souveraineté symbolique se joue aussi sur un terrain de football. Dans un pays où  l’image internationale et la fierté nationale sont constamment malmenées, laisser Abinader  monopoliser le récit politique autour de ce derby revient à céder du terrain sans combattre.

Les Grenadiers, eux, n’ont pas besoin de discours. Leur présence sur le terrain suffit. Une  victoire ce soir ne résoudra pas la crise haïtienne, ni les tensions migratoires, ni les  déséquilibres structurels de l’île. Mais elle constituera un acte de résistance symbolique. Elle  montrera qu’Haïti n’est pas réduite à l’image de chaos que d’aucuns veulent imposer. Elle  rappellera que la dignité d’un peuple peut encore s’exprimer par le sport, là où la politique  officielle reste muette. 

Ce soir, les Grenadiers ne jouent pas seulement pour trois points. Ils jouent pour contrarier un  récit de domination. Et le silence des autorités haïtiennes ne doit pas obscurcir la portée de ce  moment.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

Article précédent Haïti : Fils-Aimé et ses ministres adoptent un budget de 401… Article suivant Haïti : huitième année de récession, malgré le ralentissemen…

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !