« Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort », a affirmé Léon XIV dimanche 27 septembre à Lourdes lors de la troisième journée de son voyage en France, insistant avec fermeté, quelques mois après l’adoption en France d’une loi instaurant un droit à l’aide à mourir, que « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ».
« Aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité », a-t-il lancé à des pèlerins malades et en situation de handicap, en assurant, sous des applaudissements nourris, que « c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée ».
Après des années de débat, le droit à « l’aide à mourir », réforme sociétale majeure de la présidence d’Emmanuel Macron, a été entériné le 15 juillet par le Parlement français, au grand désarroi de l’Eglise de France pour qui cette mesure constitue une « rupture anthropologique ».
« Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée », a martelé le souverain pontife lors de cette visite placée sous la devise « pour que le monde ait la vie », avant de plaider pour développer « sans relâche » les soins palliatifs et la recherche médicale et pour « accompagner avec tendresse les malades ».
Quelques heures plus tôt, lors d’une messe en plein air devant 150 000 personnes, le souverain pontife avait fustigé les « courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse », et érigé la Grotte au cœur du site catholique comme « un sanctuaire de l’espérance chrétienne »
« Poursuite du combat contre les violences sexuelles »
Dimanche matin, le pape s’est recueilli un instant devant une œuvre symbolisant les souffrances des victimes de violences sexuelles dans l’Eglise, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).
Vers 9 heures, avant de rejoindre la salle où l’attendaient les évêques, le souverain pontife a marqué une halte devant L’Enfant qui pleure, la photographie d’une statue d’angelot en larmes. Cette image avait été apposée en novembre 2021 au mur de l’hémicycle Sainte-Bernadette, lieu de réunion habituel de la Conférence des évêques de France lors de leurs assemblées, peu après la publication du rapport Sauvé, qui estimait à 330 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles dans l’Eglise catholique depuis 1950.
Le pape s’est ensuite exprimé sur ce sujet, pour la première fois depuis son arrivée en France, devant les évêques, lors d’une rencontre à huis clos. Il a dénoncé le « douloureux fléau » des violences sexuelles et encourage l’Eglise catholique en France à « poursuivre » son action, selon son discours transmis à la presse, évoquant « l’écoute, la recherche de la vérité, la justice, le pardon, la réparation et un engagement déterminé en faveur d’une culture de la prévention ». « Je vous remercie pour ce que vous avez fait [contre les violences sexuelles sur mineurs] », a-t-il également déclaré.
Lors de cette rencontre, le chef de l’épiscopat français, le cardinal Jean-Marc Aveline, a également évoqué, selon le texte de son discours transmis, « la poursuite du combat contre les violences sexuelles commises dans un cadre ecclésial », prônant le « déplacement du regard » vers le « point de vue des personnes qui en ont été les victimes » d’abord. Successeur, en 2025, d’Eric de Moulins-Beaufort à la tête de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline est très attendu par les associations de victimes pour la poursuite des actions engagées.
Rencontre avec des victimes de violences sexuelles
En fin d’après-midi, le pape doit rencontrer sept personnes victimes de violences sexuelles. L’Eglise n’a pas révélé le nom des victimes reçues, laissant à chacun le choix ou non de communiquer. Cinq des sept participants ont toutefois dévoilé leur identité.
Il s’agit notamment de Jean-Marie Delbos, 80 ans, ancien pensionnaire de Notre-Dame de Bétharram, cet ancien internat catholique des Pyrénées-Atlantiques qui a fait l’objet du dépôt, par d’anciens élèves, de plus de 200 plaintes.
Une rencontre est également prévue avec Bertrand Virieux, cofondateur de La Parole libérée, l’association lyonnaise dissoute en 2021 qui rassemblait des victimes du prêtre Bernard Preynat, mort en 2024 ; Véronique Garnier, victime d’un prêtre de sa paroisse à l’âge de 13 ans ; Jérôme Guillement, victime d’un prêtre vendéen à l’adolescence, qui a raconté son parcours dans plusieurs livres ; ainsi qu’Olivier Mardi, cofondateur de Voix libérées de Touraine, un collectif de victimes de l’abbé Tartu au sein de la chorale des Petits Chanteurs de Touraine dans les années 1960 à 1980.